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lundi 11 juin 2012

La tête dans les étoiles


« La vie est agréable. La mort est paisible. C’est la transition qui est désagréable » Isaac Asimov


Sans être aussi dramatique qu'Isaac Asimov, il faut reconnaître qu'être en état de transition est un sentiment très étrange. A l’image, sans doute de celui qui nous envahit à l’approche d’un beau voyage.
Faire une valise, c’est avoir, déjà, la tête dans les étoiles et anticiper ce qui pourrait bien arriver. C’est une excitation singulière qui autorise à avoir un mal de mer sans même encore naviguer ou avoir une appréhension du furieux décollage d’un avion.
Mais c’est surtout n’être pas totalement dans l’esprit ce que nous faisons.
Faire une valise, c’est être en transition. C’est une attente dont on connaît, a priori, l’issue joyeuse.
Mais la transition ne se limite certainement pas à l’image positive du voyage. Parce qu’une transition est aussi terriblement anxiogène. Ce qui d’ailleurs, se retrouve dans le film Le terminal de Steven Spielberg.


Ce film qui a, pour unique décor, un terminal d’aéroport – le JFK de New York -  nous révèle que l’on peut être dans une transition non désirée, mais qu'après tout, il suffit de faire avec !

The Terminal, S. Spielberg
Mais s’il est toutefois peu probable que notre pays disparaisse pendant un vol d’avion, il est en revanche utile de se rappeler que l’attente et la transition peuvent être salvatrices.
De quoi espérer que l'on finisse par arriver à destination. Et une belle, si possible.
 Coldplay, Paradise
La tête dans les étoiles


jeudi 17 mai 2012

We are not interested!


“Je vous laisse le choix du mensonge qui vous paraîtra le plus digne d’être la vérité” Paul Valéry, Mon Faust

C’est peut-être triste à dire, mais il est des moments où « il faut dire la vérité aux Français ».
Vous voyez ces personnes payées pour nous distribuer toutes sortes de prospectus à la sortie des métros, à l’entrée des théâtres ou des cinémas ?
Mais si, ceux à qui notre seul regard ignorant ou méprisant indique un plus ou moins subtil « we are not interested ».
Ces personnes sont en réalité victimes au dernier échelon de toutes ces conversations qui s’éternisent et que l’on n’arrive pas à interrompre. De ces repas de famille qui n’en finissent pas. De ces pauses déjeuner que l’on rêve d’écourter parce que Georges et sa cousine nous ennuient. De ces plans de table qui ont rudement été mal faits. Et dont on aimerait, comme Vincent Delerm, « tenir les coupables ».
Les rapports sociaux, c’est comme les rapports amoureux. Lorsque l’on n’est pas intéressé … on n’est pas intéressé !
C’est d’ailleurs ce que résume très bien le film au titre aussi attrayant que mystérieux : Ce que pensent les hommes.


We are not interested !

jeudi 5 avril 2012

Habitude, seconde nature


“L’habitude est une seconde nature” Aristote, Ethique à Nicomaque
Métro, boulot, dodo.
Vie en trois temps. Célèbre tempo peu glamour déclamé sur ce ton.
Pourtant, il porte plus de repères et d’équilibre qu’il n’y paraît. 
Un gâteau avec le café, un bus pris à 7h13, une crème appliquée avant le blush, une paire de chaussettes enfilée sous le pantalon. Tous ces gestes quotidiens sont redondants.
Mais prenez du thé à la place du café, ratez le bus de 7h13, mettez du blush avant la crème, la paire de chaussettes sur le pantalon. Certes c’est exotique. Mais assez désagréable (le blush) et ridicule (les chaussettes). Finalement, on est déboussolé et en quête des anciens repères.
Rejeter la vie en trois temps, c’est tendre vers un exotisme impossible.
Prenez quelqu’un au chômage. Il tentera désespérément de trouver un tempo.
« Les traditions ça se maintient » m’a dit un jour une ainée.
Je veux mon bus de 7h13.
Claude François, Comme d'habitude
Habitude, seconde nature

samedi 17 mars 2012

Votez Mousse Mango !

“Ne me parle pas sur ce ton. Je suis rongé d’une tristesse auprès de laquelle la nuit la plus sombre est une lumière éblouissante” Alfred de Musset, Lorenzaccio, Acte III Scène 3.

Voilà la citation que j'avais utilisée pour parler du livre Chagrin d'École de Daniel Pennac dans le billet "Soyons optimistes"
Je ne savais pas encore que l'auteur me ferait, quelques semaines plus tard, une petite dédicace ... personnalisée !

Rien de mieux qu'un tour au Salon du Livre pour retrouver la "lumière éblouissante" : une revigorante discussion avec Frédéric Pommier, un échange avec Philippe Delerm et un joli dessin de Daniel Pennac ...

Allez-y, on s'y amuse bien !


....
Et surtout : votez Mousse Mango !
...



lundi 5 mars 2012

La tête sous l’eau


" La mer n'appartient pas aux despotes. À sa surface, ils peuvent encore exercer des droits iniques (…). Mais à trente pieds au-dessous de son niveau, leur pouvoir cesse, leur influence s'éteint, leur puissance disparaît! Ah! Monsieur, vivez, vivez au sein des mers! Là seulement est l'indépendance! Là je ne connais pas de maîtres! Là je suis libre !” Vingt Mille lieues sous les mers. Jules Verne. Première Partie. Chapitre 10.

Les eaux thermales de Vichy, les bains de pieds ou les très en vogue « fish pédicures » … les bienfaits de l’eau semblent s’imposer à nous comme des évidences.
A croire qu’il faille céder à Jules Verne, et dire que c’est l’eau qui nous attire !
L'eau, Jeanne Cherhal
Et puis parfois, l’eau nous prend  au dépourvu.
Nous étions allés à la piscine pour essayer de tout oublier et de noyer nos inquiétudes pendant une heure sous le mouvement saccadé de nos bras en crawl. Mais l’eau a raison de nous. Et nous voilà plutôt à nous débattre dans un combat où seule la fuite en avant nous est proposée. Nous avançons, désespérément, pour ne pas sombrer. Et la lutte quotidienne devient lutte en action.
Pour illustrer ce phénomène, j’aurais pu vous proposer Direction la Piscine de Florent Nouvel ... mais aujourd’hui ce sera plutôt La Fuite En Avant de Debout Sur Le Zinc :

Après ces nombreuses minutes de natation écoulées, il est certain que l’on se sent victorieux. Nous avons eu raison des flots, malgré tout. A l’improviste.
Et la tête sous l’eau
….

Et puis finalement, on est peut-être tous un peu Piscine love, non ? Écoutez donc l'opus éponyme de La Chanson du Dimanche en cliquant ici !

jeudi 1 mars 2012

Je t’aime, moi non plus


« Je ne voudrais pas arriver à la fin de ma vie et découvrir que j’en ai vécu que la longueur. Je voudrais en vivre aussi la largeur et la profondeur » Diane Ackerman
Dans un billet précédant intitulé « la vie ne tient qu’à un fil », je vous disais que les  rencontres ne tiennent, souvent, qu’à des détails. Et si l’on mesurait la portée de nos actes quotidiens lorsque l’on passait le pas de sa porte pour affronter la vie tous les matins, on resterait certainement terré chez soi de peur de manquer un regard, une parole, un geste qui nous projetterait dans ce que serait, véritablement, notre vie.
Le célèbre groupe de rencontre Meetic a bien compris cet état d’esprit et en a même fait un motif de campagne dernièrement pour la Saint-Valentin. Vous avez peut-être vu ces grandes affiches à vos arrêts de bus, dans le métro ou sur le chemin de votre travail : 
 










Cette campagne est particulièrement rusée qu’elle a recourt à l’imaginaire du conte si ancré dans notre société : un beau prince charmant qui n’attend que le bon moment pour se manifester…
A croire que le ressort de la rencontre et de son moment opportun est porteur, puisqu’il s’agit également de celui utilisé par le beau film éperdument romantique de Richard Linklater, Before Sunset

Dans cette histoire, Jesse et Céline se retrouvent à Paris après une première éphémère et unique rencontre, neuf ans plus tôt, à Vienne. Désormais, lui est marié et auteur d’un best-seller ; elle défend l’environnement et cumule les échecs amoureux. La mise en scène est tout aussi amusante qu’osée : elle consiste en une seule conversation, celle de ces deux ex-amants qui déambulent dans Paris. Et pourtant, ils parviennent à nous captiver, à nous attendrir, à nous transporter dans leurs interrogations, finalement universelles.
Aucun des deux, malgré les années, n’a pu oublier cette rencontre fondatrice. Aucun des deux n’a véritablement pu passer à autre chose.
A travers une réflexion anecdotique – qu’aurait été leur vie si Céline avait pu se rendre comme prévu à leur rendez-vous donné, peu après leur rencontre à Vienne ? – le couple nous interroge sur les décisions que nous prenons, les aléas de la vie et les mystères de la vie amoureuse.
Quant à savoir si Jesse chante « You could be my unintended choice »  … regardez donc le film ! 
 Muse, Unintended
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Je t'aime, moi non plus
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lundi 27 février 2012

Ma fuite s’appelle revient !


« Fait couler le rocher et fleurir le désert
Devant ces voyageurs, pour lesquels est ouvert
L’empire des ténèbres futures »
Bohémiens en voyage, Baudelaire, Extrait des Fleurs du Mal

Je vous parlais dans un post précédent (Buongiorno Italia) de l’aspect potentiellement salvateur de la fuite. Elle semble, il est vrai, parfois, le seul recours.
Un sauve-qui-peut que l’on espère réparateur.
Mais, étrangement, la fuite va souvent de paire avec un voyage en solitaire à la Into The Wild.
Affiche du film

Or, précisément, se retrouver en tête à tête avec soi-même suppose un tête à tête avec … ce que l’on fuyait ! Tous les paysages du monde ne changeront pas nos pensées. Ce qui les change ce sont au contraire les personnes avec qui nous pouvons partager notre fuite. Parce qu’il n’est pas question de finir comme le héros assez peu attachant d’Into The Wild qui a tout fui pour partir vivre en Alaska : seul et en ayant vécu ses plus beaux moments en solitaire.
Si l’on dit, communément, que le voyage forme la jeunesse c’est parce qu’il invite à la rencontre et à la débrouillardise.
S’il est si présent dans l’œuvre de Baudelaire, c’est qu’il est poétique.
Tout cela en fait un moment stratégique et fondateur pour trouver son équilibre dans le fragile exercice de construction. 
La fuite apparaît alors peut-être davantage comme une parenthèse dont on apprécie les bienfaits précisément parce que l'on sait qu'on y mettra fin. Le retour est un horizon. Un quotidien amélioré en est la quête.
"Dans ton exil essaie d'apprendre à revenir, mais pas trop tard" aurait-on envie de dire (avec Jean-Jacques Goldman) à un proche en quête d'ailleurs :
 Puisque tu pars, Jean-Jacques Goldman
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Ma fuite s'appelle revient !
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mercredi 15 février 2012

C’est pas gagné d’avance, mais …


« Pour obtenir le don de persévérance, il résolut de faire un pèlerinage à la sainte Vierge. » Bouvard et Pécuchet, Flaubert
La persévérance est un dur labeur.
On m’a déjà adressé, dans des moments difficiles, la phrase “la lumière est au bout du chemin”.
Bien que cette phrase soit, comme beaucoup d’autres, une formule toute faite, elle en dit long sur l’espoir qu’il est nécessaire de conserver, en toute circonstance. Elle a d’ailleurs l’avantage de ne pouvoir se tromper et est proche du phénomène de spéculation : quand tout est désespérément sombre, l’avenir ne peut qu’être meilleur ! Et vu sous cet angle, tout paraît bien plus facile.
Loin de l’obstination proche de la bêtise de Bouvard et Pécuchet (Flaubert avait pensé au sous titre Encyclopédie de la bêtise humaine pour son roman éponyme), Sherlock Holmes, mis en scène dans le deuxième opus Sherlock Holmes 2 : jeux d’ombres, nous offre justement une belle panoplie de persévérance. 
Certes, ce film n’est pas un chef-d’œuvre. Le début est lent et nous impose de longues scènes de coups de poings relativement inutiles à mon sens. Mais tout se joue ailleurs. Dans la force que Sherlock puise à croire profondément et obstinément en la justice et le soin qu’il prête à accomplir la mission qu’il s’est attribué. La légèreté avec laquelle il aborde le sérieux de cette quête de la paix mondiale. La capacité à appréhender des situations cruciales avec distance.

Éperdument détaché du qu’en-dira-t-on (jugez en par ses farfelus déguisements !), ce héros nous donne du courage pour combattre la bêtise du genre humain et persévérer en tout.
Parce que c’est certain,  c’est pas gagné d’avance mais « la lumière est au bout du chemin » 
C'est pas gagné d'avance, de Vincent Baguian (interprétée par Vincent Baguian et Marjolaine Piémont)

mardi 14 février 2012

On va s’aimer


“Au commencement était la répétition” Yves Bonnefoy
Le 14 février, on doit s’aimer. Tout le reste n’est qu’encombrement, rabat-joie, tristesse.
Tout le reste qui rappelle que l’essentiel n’est peut-être pas dans cet étalage momentané de bonheur.
Parce que tout comme le serveur amène ses plats, il faudrait ce jour commander des mots doux. Pourquoi pas, après tout. Ils ne font de mal à personne ces mots doux. Excepté à ce reste d’encombrement, de rabat-joie, de tristesse.
Si la répétition, avec Yves Bonnefoy est une ressource à la création puisque le même mot n’est jamais, en réalité, identique tant il est contexte – ceux avec lesquels il est associé - et mémoire – ceux auxquels il se rapporte -, il reste que le 14 février est un perpétuel recommencement de bons sentiments qui perdent, par leur nécessité, de leur saveur.

"14 février", extrait du Calendrier perpétuel 365 jours avec Sempé

Parce que ces fleurs bleues rendent cet inconnu à l’humour décalé si attachant et nous rappellent que les surprises du quotidien sont le meilleur contrepied à ce 14 février :
Jeanne Cherhal, Parfait Inconnu
Et parce qu’encombrement, rabat-joie, tristesse.

jeudi 9 février 2012

En avant !


« Le naufrage c’est l’idéal de l’impuissance » Victor Hugo
Quand on parle de naufrage, on pense souvent à celui du radeau de la méduse de 1816.
Histoire sordide que ce naufrage. Initialement partie pour le Sénégal, la Méduse s’échoue en chemin et seul quinze âmes survivront après avoir connu l’horreur de la survie en pleine mer : cannibalisme, trahison, assassinat …
Décrit comme un des plus grand drame de l’histoire maritime, ce naufrage a obtenu sa postérité et une place de marque dans l’imaginaire collectif principalement par l’intermédiaire de Gérirault de son œuvre éponyme si célèbre :
Le Radeau de la Méduse, Géricault
Pourtant, si Goscinny et Uderzo ont caricaturé ce mythique tableau, c’est bien pour souligner – je le suppose – le fait qu’il y a impuissance là où il y a abandon et désespoir tout humain. Le libre-arbitre a ainsi sans doute sa part dans la manière de vivre le naufrage (propre et figuré).

Un autre épisode plus contemporain qui a marqué la conscience collective dans la méthode de survie lors de situations extrêmes est celui du crash d’un avion en pleine cordillère des Andes en 1972.
Les survivants lors de l'arrivée des secours après 72 jours


Abandonnés des équipes de sauvetage après quelques jours de recherches infructueuses, les rescapés du crash – une équipe de rugbymen, étudiants uruguayens – vont connaître 72 jours de survie hors norme. Une avalanche emportera certains des miraculeux survivants. Le froid en emportera d’autres. Un merveilleux documentaire revient sur cet épisode riche d’enseignement à travers le témoignage des seize survivants, aujourd’hui parents. Leur cannibalisme y est expliqué de manière fort émouvante, et nous sommes bien loin des monstres auxquels ce seul mot nous fait instinctivement penser. Ils ont puisé dans la mort – souvent celle de leur proche qui les avaient accompagné pour le voyage - une incroyable force de vie. C’est beau, dur, et donne de l'énergie face au découragement !
Les Naufragés des Andes, film documentaire de Gonzalo Arijon
Si le naufrage est l’idéal de l’impuissance, ces hommes nous révèlent que le surmonter est l’idéal de la force humaine.

mardi 7 février 2012

Toucher l’instant


"Un seul être vous manque et tout est dépeuplé", Alphonse de Lamartine (Extrait du poème L’Isolement)

Ce n’est jamais le bon moment pour les malheurs.
A l’inverse, n’y a-t-il des moments où il est temps que de belles choses arrivent ?
Il n’est pas de « bon moment » où l’on est à même de faire face. On fait face et voilà tout.
Pourtant, il y a des moments où l’on n’est pas tout à fait prêt à affronter la reconstruction.
C’est précisément les interstices de ces instants fragiles que Jake Scott parvient à capter et met en lumière dans son film plein de délicatesse Welcome to the Rileys.

Loin du paillasson avec un chien souriant qui nous dirait « Bienvenue dans une famille on ne peut plus commune » que ce titre peu accrocheur semble annoncer, le déroulé de cette vie familiale laisse place à un univers de tendresse éprouvé par de douloureux  aléas.
Malgré des thèmes rabâchés (la mort d’un proche, l’amour qui bat de l’aile, une adolescente complètement paumée) et des sujets peu novateurs (et déprimant, je vous l’accorde, quand ils sont mis brutalement à plat comme je le fais), le scenario nous emporte dans une quête d’espoir. Plus encore une quête de ces instants qui prennent sens en se percutant.
Proche de 21 grammes (Alejandro Gonzales Inarritu) par les thèmes, l’approche de ces tranches de vies et de la mise en lumière de la douleur à vif, ce film nous présente un trio : trois êtres perdus en quête de repère et de sens. L’intrigue nous prend aux tripes tant les sentiments sonnent juste. Ni larmoyant sur cette fille qui se prostitue, ni dans le pathos pour cette mère incapable d’affronter le monde – et la réalité - hors des murs de sa maison, depuis la mort de sa fille, ni flagellateur pour ce père qui trompe allègrement sa femme depuis des années.

Trois êtres dont il est temps que leur destin se rencontrent.

Parce qu’il est rare que la reconstruction d’un couple se fasse grâce à la rencontre d’une prostituée.
Parce qu’il est rare de voir un couple tenir au cinéma.
Parce qu’il est rare de voir un film parvenir à toucher l’instant.
 Grand Corps Malade Toucher l’instant


Vous aimez l'idée des rencontres inattendues et bienvenues évoquées dans cet article ? Vous aimerez alors surement aussi celui-là

lundi 6 février 2012

C'est ton destin !

"Le destin conduit celui qui l'assume; il traîne celui qui veut le nier." Cicéron


C'est peut-être dit plus élégamment que les Inconnus mais l'idée est bien la même.
Assumer son destin.
Merci Cicéron ; la tache est si simple !
...
Passer des coups de fil en séries de relance pour sa recherche d’emploi.
Dire que tout va bien.
Dépérir.
Et tomber sur Les Barricades de François Couperin diffusées sur ce merveilleux Carrefour de Lodéon sur France Inter
 Les Barricades de François Couperin, interprétées au clavecin
Grand classique des massacres lors des fameuses auditions du conservatoire de son enfance. Retrouver le sourire en repensant à Maxime, incapable de sortir son si bémol de la main gauche. Au chignon impeccable de Rosalie et au dos bien droit d’Aurélien* (que je n’aurai jamais – le chignon  … et le dos d’ailleurs). Repenser à ses heures de travail, à ses gammes, à son énervement lorsque les fruits du labeur n’étaient pas immédiats et à sa satisfaction lorsque la prestation était réussie.
Se dire que tout est toujours un équilibre entre le sentiment d’être seule au monde et d’être désespérément comme tout le monde
Recevoir un gentil mail.
Se dire qu’il en faut peut pour être heureux ... et se dire que c'est son destin !

 
* Tous les prénoms sont factices, pour des questions diplomatiques !

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mercredi 1 février 2012

Il était une fois Sempé


“Je suis Français par hasard et homme avant tout”
Montesquieu
Voilà ce à quoi m’a fait penser l’exposition de la mairie de Paris « Sempé, un peu de Paris et d’ailleurs » 
Affiche de l'exposition
Humour universel et qui touche toutes les générations, les 320 dessins que nous révèlent cette exposition nous plongent dans un univers féérique, enfantin et naïf. Comme cela fait du bien à l’heure où l’hiver s’installe !
Bonbon gratuit (!) mis à notre disposition jusqu’au 31 mars, ce délicieux trésor est comme un cadeau de Noël dont la livraison aurait connue quelques difficultés.
Dessinateur indémodable du Petit Nicolas, Sempé incarne la naïveté représentée en dessin. Cet  homme qui confie que son « enfance n’a pas été follement gaie, elle était même lugubre et un peu tragique » transmet pourtant par son trait un précieux amour de la vie et des choses simples.
Il nous ramène à ce que nous sommes : des hommes avant tout.
Loin d’une philosophie qui se prendrait au sérieux, Sempé nous propose un humour discret et fin. Et voilà bien où se cache sa grande force !

"C'est très beau ce que vous faites, mais elle est très mal placée votre galerie"

 Son trait doux et subtil vous ramène en enfance, c’est certain.

Et pour ceux qui craindraient – à juste titre – de patienter dans le froid pour accéder à l’exposition, dites-vous que vous aurez peut-être la même chance que moi : être abordé par un gentil couple qui vous proposera son entrée coupe file - celle ci ne leur ayant pas été prise – pour la simple et bonne raison que vous êtes le dernier d’une longue file ... ou que vous avez un bonne tête (?!) 
...
Ah les mystères du bonheur !
 ...

 Pour toutes les informations pratiques sur l’exposition, allez donc faire un tour ici 
Et pour lire d'autres articles en lien sur ce blog : regardez donc celui-ci et celui-là

mardi 17 janvier 2012

Soyons optimistes !


“Ne me parle pas sur ce ton. Je suis rongé d’une tristesse auprès de laquelle la nuit la plus sombre est une lumière éblouissante” Alfred de Musset, Lorenzaccio, Acte III Scène 3.
Il est des désespoirs que l’on pense inconsolables.
Il est des situations dont on ne pense pas sortir.
Il est des cancres que l’on croit irrécupérables.
A l’image des ressources que, face aux situations les plus terribles, nous sommes capables de mobiliser pour faire face, le cancre peut parfois nous surprendre. 
Voilà en tout cas l’expérience que nous dévoile brillamment Daniel Pennac dans son roman Chagrin d’école pour lequel il reçut le prix Renaudot en 2007. Il y raconte, non sans humour servi par une savoureuse autodérision, son long chemin de croix pour parvenir à s’extraire vainqueur du système scolaire dans lequel il aurait pu (du ?) se noyer.

Issu d’une famille d’intellectuels, il doit faire face à l’incompréhension de tous à l’égard  de son inaptitude à répondre aux attentes de ses instituteurs, comme en témoignent ces premières lignes :
« Donc, j’étais mauvais élève. Chaque soir de mon enfance, je rentrais à la maison poursuivi par l’école. Mes carnets disaient la réprobation de mes maîtres. Quand je n’étais pas le dernier de ma classe c’est que j’en étais l’avant dernier. (Champagne !) (…)
-       Tu comprends ? Est-ce que seulement tu comprends ce que je t’explique ?
Je ne comprenais pas. Cette inaptitude à comprendre remontait si loin dans mon enfance que la famille avait imaginé une légende pour en dater les origines : mon apprentissage de l’alphabet. J’ai toujours entendu dire qu’il m’avait fallut un an pour apprendre la lettre a. La lettre a, en un an. Le désert de mon ignorance commençait au-delà de l’infranchissable b. »
Telle une pièce de théâtre, chacun y joue son rôle : l’auteur, le cancre, les professeurs. A l’image de ce que les sociologues interactionnistes appellent La mise de scène de la vie quotidienne (Evring Goffman[1]), les parties prenantes de ce roman endossent leur rôle et assument l’attitude qui est attendue d’eux.
C’est peut-être là, précisément, que Daniel Pennac laisse place à de l’optimisme à travers l’intervention de l’inattendu: il s’arrête, à un moment donné, de jouer son rôle pour devenir lui-même ex-cancre tel un ex-condamné à mort. Et comble, pour devenir professeur de français.
La transition vers ce coup de théâtre apparaît pourtant complexe lorsqu’il fait parler son père en ces termes :
« Bien des années plus tard, comme je redoublais ma terminale à la poursuite d’un baccalauréat qui m’échappait obstinément, il aura cette formule :
- Ne t’inquiète pas, même pour le bac, on finit par acquérir des automatismes…
Ou en septembre 1968, ma licence de lettre enfin en poche :
- Il t’aura fallu une révolution pour la licence, doit-on craindre une guerre mondiale pour l’agrégation ? »
A l’heure où l’école est un enjeu crucial de notre conception même de la société démocratique, l’auteur nous invite à interroger cette institution dans laquelle nous investissons tant. A la fois drôle et touchant, ce roman nous donne en effet à réfléchir sur notre vision de l’école, lieu matriciel de notre éducation.
Témoignage profondément attachant d’un homme littéralement « sauvé » (puisque c’est bien le terme qu’il emploie) par une poignée d’enseignants qui ont su s’y prendre avec ce cancre apparent.
Décrits comme des héros ordinaires – tout comme il est des bourreaux ordinaires[2]- ces professeurs « sont venus me chercher au fond de mon découragement et ne m’ont lâché qu’une fois mes deux pieds solidement posés dans leur cours qui se révéla être l’antichambre de ma vie »
Ce livre est une réelle bouffée d’oxygène et de lumière face à une actualité morose.
Plutôt que de se noyer dans le désespoir avec Lorenzaccio et Kierkegaard[3], plongez-vous dans l’optimisme de Pennac ... qui nous offre même en quatrième de couverture quelques pépites de ses bulletins:
"Dessine partout, sauf en classe; Bavardage incessant; Beaucoup trop d'absences; Elève gai mais triste élève; Peut encore mieux faire; Manque de bases; Parle beaucoup, mais pas un mot d'anglais; Ne doit pas se décourager; N'a rien fait, rien rendu"  






[1] La Mise en scène de la vie quotidienne, Evring Goffman, 1959
[2] Eichmann à Jérusalem. Rapport sur la banalité du mal, Hannah Arendt, 1963
[3] La Maladie à la Mort, (ou Traité du désespoir), Søren Kierkegaard, 1849