-Elle est
gentille, mais qu’est-ce qu’elle est laide !
Tatie Danielle, Etienne Chatilliez, 1990
Alors que l’apologie du corps est partout, il est agréable de constater que
la tendance n’est pas – toujours - la même dans le monde des enfants.
Il y est en effet de bon ton de valoriser les anti-héros. Finies les « happy
end ». Désormais, la princesse ne conjure pas le mauvais sort et Fiona
reste une ogresse. Les créatures effrayantes ne sont plus de terribles
monstres, mais des Francœur.
Shrek
Un monstre à Paris
Voilà qui change du monde merveilleux des lampes et des génies, des princes
et des trésors, des carrosses et des pantoufles de verre.
MM cherche Aladin ...
Et c'est précisément parce qu'ils vont à contre courant que ces héros sont attachants ...
Après un séjour aux Émirats Arabes Unis, voici une petite session d’articles
dédiés à ce pays … haut en couleur !
Difficile de décrire la vie aux Émirats Arabes Unis. C’est d’abord un
concentré de superlatifs : les hommes les
plus riches du monde, la tour la plus haute du monde, l’aquarium le plus grand du monde (33 000 poissons
nagent dans celui de Dubaï) et un parc automobile … le plus épatant du
monde !
La Twingo locale est tout de même la Porsh Cayenne. Pour vous donner une
idée …
Les repères sont donc
tout autres !
Et cette démesure
est proche de celle de Don Salluste ( Louis de Funes) dans La Folie des Grandeurs !
Aux Émirats, l’or noir
prend effectivement tout son sens. L’essence coule à flot et ne coûte,
évidemment, rien.
Bienvenue dans le royaume
des rois du pétrole !
Mousse Mango
s’est même noyée dans ce spectaculaire paysage de grandiose.
Des tours droites, penchées, ondulées ...
Miam !
La Sorbonne, version Abou Dhabi !
Mousse Mango noyée jusqu'à
l’écœurement ? Décryptage dans le second épisode : Mousse Mango et
le désert émirien …
“Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage” Joachim
Du Bellay
Le voyage, la mer, les petits oiseaux …
Non, ce n’est pas encore l’été. Alors, pour conjurer le sort, il y a toujours
la possibilité de faire une lecture … estivale, pour ne pas dire légère et les
tongs aux pieds.
A première vue, En cas de bonheur
de David Foenkinos répond bien à nos exigences.
L’auteur de La Délicatesse (qui a
donné lieu à ce joli film éponyme) nous propose, avec cet opus, un court roman
digne des meilleurs vaudevilles.
Un couple parfait que tout le monde estime et admire; une fille – Louise -
qui réussit en tout; des beaux-parents ennuyants; une maitresse pour
Monsieur ; une lassitude pour Madame ; et puis une agence de filature
engagée par Madame pour faire suivre Monsieur; Madame qui finit dans le lit du fileur de son futur ex-mari ;
et puis Monsieur qui fait à son tour filer Madame maintenant qu’elle a disparu; et Monsieur qui ignore être lui-même filé et ce, par le cousin du premier détective.
Bref, tout y est. Du vrai, et du bon, théâtre de boulevard.
En surface oui. Parce qu’en dessous s’y cache bien plus. Les réflexions
qu’on y trouve sont des pépites de justesse et posent des questions
existentielles.
Et surtout ces mêmes questions qui nous obsèdent de génération en
génération : fait-on réellement les bons choix ?
Ainsi, quand la belle-mère avoue à sa fille l’existence d’un amant qu’elle
s’est refusée à suivre des années plus tôt dans sa Venise natale - une vérité
longtemps enfouie - c’est en ces termes que l'aveu prend forme :
« La suite, elle était simple la suite, et elle était idiote la suite.
Ils entamèrent une liaison qui se situait bien au-delà de la possibilité de
toute culpabilité. (…) Marcello devait retourner à Venise (c’était la cerise,
il habitait Venise). Il proposa à Renée de venir avec lui, et ce fut le début
du drame de sa vie. (…) Tant de regards pesaient sur Renée ; le poids de
toutes les générations de femmes la précédant. »
Nous sommes extrêmement proche du sublime film Sur la Route de Madison de Clint Eastwood où le renoncement à
l’épanouissement personnel pour les convenances l’emporte. Mais nul ne dit que
l’un est mieux que l’autre puisque les deux font des ravages.
Le roman comme le film mettent en scènes des cas de bonheur qui tombent comme des cheveux sur la soupe, sans
prévenir. Et des courages à prendre des décisions complexes. En quête de
bonheur.
« Je ne voudrais pas arriver à
la fin de ma vie et découvrir que j’en ai vécu que la longueur. Je voudrais en
vivre aussi la largeur et la profondeur » Diane Ackerman
Dans un billet précédant intitulé « la vie ne tient qu’à un fil »,
je vous disais que les rencontres
ne tiennent, souvent, qu’à des détails. Et si l’on mesurait la portée de nos
actes quotidiens lorsque l’on passait le pas de sa porte pour affronter la vie
tous les matins, on resterait certainement terré chez soi de peur de manquer un
regard, une parole, un geste qui nous projetterait dans ce que serait,
véritablement, notre vie.
Le célèbre groupe de rencontre Meetic a bien compris cet état d’esprit
et en a même fait un motif de campagne dernièrement pour la Saint-Valentin.
Vous avez peut-être vu ces grandes affiches à vos arrêts de bus, dans le métro
ou sur le chemin de votre travail :
Cette campagne est particulièrement rusée qu’elle a recourt à l’imaginaire
du conte si ancré dans notre société : un beau prince charmant qui
n’attend que le bon moment pour se manifester…
A croire que le ressort de la rencontre et de son moment opportun
est porteur, puisqu’il s’agit également de celui utilisé par le beau film
éperdument romantique de Richard Linklater, Before
Sunset.
Dans cette histoire, Jesse et Céline se retrouvent à Paris après
une première éphémère et unique rencontre, neuf ans plus tôt, à Vienne. Désormais, lui
est marié et auteur d’un best-seller ; elle défend l’environnement et
cumule les échecs amoureux. La mise en scène est tout aussi amusante qu’osée :
elle consiste en une seule conversation, celle de ces deux ex-amants qui déambulent dans Paris. Et
pourtant, ils parviennent à nous captiver, à nous attendrir, à nous transporter
dans leurs interrogations, finalement universelles.
Aucun des deux, malgré les années, n’a pu oublier cette rencontre
fondatrice. Aucun des deux n’a véritablement pu passer à autre chose.
A travers une réflexion anecdotique – qu’aurait été leur vie si Céline avait
pu se rendre comme prévu à leur rendez-vous donné, peu après leur rencontre à Vienne ? – le
couple nous interroge sur les décisions que nous prenons, les aléas de la vie
et les mystères de la vie amoureuse.
Quant à savoir si Jesse chante « You could be my unintended choice »
… regardez donc le film !
Bohémiens en voyage, Baudelaire, Extrait des Fleurs du Mal
Je vous parlais dans un post précédent (Buongiorno Italia) de l’aspect
potentiellement salvateur de la fuite. Elle semble, il est vrai, parfois, le seul
recours.
Un sauve-qui-peut que l’on espère réparateur.
Mais, étrangement, la fuite va souvent de paire avec un voyage en solitaire
à la Into The Wild.
Affiche du film
Or, précisément, se retrouver en tête à tête avec soi-même suppose un tête
à tête avec … ce que l’on fuyait ! Tous les paysages du monde ne
changeront pas nos pensées. Ce qui les change ce sont au contraire les personnes avec qui
nous pouvons partager notre fuite. Parce qu’il n’est pas question de finir
comme le héros assez peu attachant d’Into
The Wild qui a tout fui pour partir vivre en Alaska : seul et en ayant vécu ses plus beaux moments en solitaire.
Si l’on dit, communément, que le voyage forme la jeunesse c’est parce qu’il
invite à la rencontre et à la débrouillardise.
S’il est si présent dans l’œuvre de Baudelaire, c’est qu’il est poétique.
Tout cela en fait un moment stratégique et fondateur pour trouver son
équilibre dans le fragile exercice de construction.
La fuite apparaît alors peut-être davantage comme une parenthèse dont on apprécie les bienfaits précisément parce que l'on sait qu'on y mettra fin. Le retour est un horizon. Un quotidien amélioré en est la quête.
"Dans ton exil essaie d'apprendre à revenir, mais pas trop tard" aurait-on envie de dire (avec Jean-Jacques Goldman) à un proche en quête d'ailleurs :
“Une dernière pensée désespérée traversa son esprit :
Fuir ce rocher maudit ! ” Les 40 jours du Musa Dagh, Franz Werfel, page 665
Partir.
Partir loin.
Il arrive que seule la
fuite nous semble un horizon capable de nous sauver.
C’est en tout cas comme cela que Sandro, le héros du poétique roman de Philippe
Fusaro, L’Italie si j’y suis,
appréhende son périple à travers l’Italie avec son fils Marino, suite à une
violente rupture.
« Ici
Sur l’autoroute
Je prends la fuite
Ne me retourne pas
La ville est dans mon dos
Je ne regarde pas dans le rétroviseur
Je ne pense qu’à filer, porté par le vent du soir et ma tristesse s’écoule
sous le châssis, goutte sur l’asphalte. » p.31
Tout en faisant face à la brutalité de la vie et à ses soubresauts, cette
nouvelle nous fait entrer dans un monde de douceur et de rêverie.
Parce que ce n’est pas un simple voyage réparateur. C’est des retrouvailles
entre un fils et son père. C’est un conte dans lequel le premier ne quitte pas
son costume de Youri Gagarine que son grand-père lui a ramené de Russie. C’est une
visite de l’Italie telle qu'on ne l’a jamais faite et qu’on ne la fera jamais.
C’est monter à bord d’une Alfa Romeo remplie d’incertitudes et de quête de la
certitude. C’est prendre la route pour on ne sait où.
C’est voir apparaître le héros du jeune Marino, Youri Gagarine, réconfortant cet enfant dans ses moments
de doute, à l’image d’Eric Catonna dans le célèbre film Looking for Eric.
C’est se demander pourquoi cette petite merveille sans prétention n’a pas
déjà été interprétée au cinéma tant le scenario s’y prête.
C’est se dire que l’on enfourcherait bien sa Vespa pour partir à la quête
d’une quelconque certitude, quelque part entre Rome et Naples.
...
C’est partir.
C’est partir loin.
...
L'Italie si j'y suis, Philippe Fusaro, Édition La Fosse aux ours, 2010, 173 pages, 16 euros
«
Demandez à un crapaud ce qu’est la beauté, il vous dira que c’est sa crapaude,
avec deux gros yeux ronds, une gueule plate, un ventre jaune et un dos brun. » Voltaire
Effronté non, cet animal là ?!
En beauté comme en amour il en va presque toujours de ce
que nous voyons. Comme il l’était déjà dit ici. Pas très loin de cette réflexion
il y a celle d’aujourd’hui.
Et vous allez finir par croire que j’ai des origines
québécoises, puisque je vous parlais déjà de cette région ici et là … Qu’à cela
ne tienne !
Je mise plutôt, pour ma part, sur ce grand froid pour
m’avoir fait penser à ce film dont l’épique épopée se déroule dans un village reculé
et bien mal nommé du Québec : Sainte-Marie-La-Mauderne et dont le titre en
dit long sur sa teneur : La Grande
Séduction.
L’histoire est simple mais originale : Sainte-Marie-La-Mauderne a besoin d’un médecin pour voir son usine rouvrir et ses hommes, au
moral en berne, reprendre du poil de la bête. Or, Christopher Lewis, médecin de Montréal absolument détestable, est envoyé sur place après avoir été arrêté au
volant de sa voiture sous l’effet de diverses drogues. Commence alors la grande
séduction menée collectivement par tout le village pour tenter de garder cet
homme tombé du ciel. Prenons l’exemple, absolument hilarant, du départ :
apprenant que leur potentiel sauveur est fan de cricket, les hommes improvisent
une mise en scène pour que la première vision à son arrivée soit
magique : une équipe de cricket en pleine action. Sauf que, détail,
personne au village ne connaît ni les règles, ni les bases du jeu en question …
La séduction s’annonce ainsi toute aussi grande que
longue ! Parce que, vous l’aurez compris, le chemin reste donc long tant
les distances qui séparent ces deux mondes amenés à cohabiter sont grandes.
Un village tout entier qui trouve ainsi sa raison d’être
à échafauder toutes sortes de subterfuges pour conserver son médecin, voilà qui
semble désuet … et pourtant si crucial à l’heure où les zones rurales désertées
par les médecins sont des vrais enjeux de politiques publiques en France.
Scenario et décor peu habituels, ce film de 2003 a tout,
précisément, pour séduire. Et tout cela dans un québécois typique (il me semble
qu’il existe même une version sous-titrée en français !). Impossible de les
prendre au sérieux ces bonshommes là ! Drôle et émouvante, cette Grande Séduction mérite vraiment qu’on s’y
replonge.
Un seul bémol peut-être : une fois le clap de fin
frappé, vous risquez de vouloir prendre le premier vol pour Sainte-Marie-La-Mauderne, ce qui, je vous le concède, ne serait peut-être pas la meilleure idée
du siècle.
…
Mais tout n’est, après
tout, qu’une question de point de vue !
…
Pour lire une autre réflexion sur un film, cliquez donc
ici
“Le cœur fait tout, le reste est
inutile” Belphégor, Jean de
La Fontaine, Livre XII Fable 27
S’il y en a bien un qui agit selon son cœur c’est Paul, la si belle création
de Michel Rabagliati, auteur québéquois peu connu.
Ce personnage de la bande dessinée éponyme est en effet un tendre paresseux
dont les bons sentiments sont emprunts d’un doux mal-être. S’il est si attachant
c’est que ce jeune, qui cherche sa voix comme tant d’autres, nous expose des
incertitudes que nous ne pouvons que partager. Et c’est avec son cœur qu’il y
fait face. Ne cachant pas sa paresse pour l’école mais entreprenant dans ce
qu’il aime – la vie - il est un archétype à chaque étape de sa vie : adolescent,
jeune homme, père, mari.
Jouant malicieusement sur le parallèle des Martine (Martine à la
campagne, Martine à la mer etc …)
l’auteur nous fait suivre les aventures de son héros en titrant ses ouvrages
selon ce même modèle. Ainsi, il nous propose notamment :
A la différence de Martine (dont, il est vrai, je me souviens mal …)
éternel enfant innocent, naïf et intemporel, Paul évolue, grandit et change son
regard sur les choses au fil des épisodes. Davantage par la force des choses,
d’ailleurs que par sa propre volonté.
Drôle (humour tout québéquois …), fin et attachant, ce héros aux épais
sourcils nous fait réfléchir et voyager.
Le tournant dans sa « carrière de héros » est l’épisode Paul a un travail d’été : lycéen
rebelle, il décide de quitter les études pour devenir imprimeur, sans
conviction. En réalité, il est perdu. Par un concours de circonstances, il devient
animateur dans un camps pour enfants défavorisés en pleine forêt canadienne. Découvrant
alors le dépassement de soi et mesurant sa chance d’avoir grandi dans tant
d’amour, Paul se découvre lui-même bourré d’humour et de talent.
Offrant à sa propre fille, bien des années plus tard, la poupée de Marie,
colonne aveugle à laquelle il s’était attaché, il aura cette phrase pour
justifier ses yeux percés : « Elle
est comme le petit Prince ; Elle n’a pas besoin d’yeux pour voir, elle
voit avec son cœur »