« Tu devrais changer de nom, de
femme, et de profession » Le dernier des Six, Georges Lacombe, 1941
On se construit, en partie, à partir d’un mécanisme d’imitation /
différenciation[1]. Il y a des
personnes à qui l’on souhaite ressembler. Et d’autres dont on souhaite se différencier.
Plus encore, dont on souhaite être l’exact opposé. Et avec qui l’on ne partage
rien.
Et puis, il y a ceux à qui l’on ne pense pas ressembler, mais que par la
force des choses, nous rejoignons en tout. Entendez nos géniteurs. Oui.
Mais tout cela, c’est dans une vie ordinaire. Entendez la notre. Oui.
Parce que dans la vie politique, c’est bien différent. On marche seul.
C’est en tout cas l’édifiant constat que nous amène à faire La Conquête, le film de Xavier Durringer
décrivant l’ascension au pouvoir d’un ancien Président de la République. Si le seul
titre nous fait penser à une ascension diabolique à la Arturo Ui[2],
le contenu nous donne à voir un tout autre scenario, plus inattendu.
Il n’est donc pas question d’imitation ou de différenciation. Bien plus de la
construction d’une identité publique. Hargneuse et revancharde. Par des hommes
dont il ne faut pas marcher sur les plates bandes.
…
bref, marche pas sur mes plates bandes
…
[1] Pierre Bourdieu ne serait pas très content de ce
raccourci. Admettons donc que ces deux mécanismes sont liés à la socialisation
qu’il décrit largement dans toute son œuvre.
[2] Dans La Résistible Ascension
d’Arturo Ui, Bertold Brecht
Non, le titre de ce post ne fait pas référence à la palme d’Or 2007 de
Cristian Mungiu 4 mois, 3 semaines, 2
jours, mais bien plutôt au célèbre slogan d’Adidas lors de la coupe du
monde 1998.
Il fait référence à ces instants que l’on imprime si bien dans notre
mémoire qu’ils deviennent des événements. Que l’on peut minutieusement dater.
Et dont on a attendu, un certain temps, le dénouement ! A l’image, sans
doute, de ces bacheliers qui ont lu sur des écriteaux aujourd’hui qu’ils
étaient bien reçus à l’examen.
D’ailleurs, je pense que beaucoup ont du dire, pour l’occasion, que c'était vraiment "génial" :
Extrait de Moi, Moche, Méchant
Et enfin, parce que ces victoires sont atteintes par la force de nos bras –
et de notre moral, aussi, un peu -et contre vents et marées, il est bon de se rappeler, une fois encore
cette belle publicité de 1998:
“Je vous laisse le choix du mensonge qui vous paraîtra le
plus digne d’être la vérité” Paul Valéry, Mon
Faust
C’est peut-être triste à dire, mais il est des moments où « il faut
dire la vérité aux Français ».
Vous voyez ces personnes payées pour nous distribuer toutes sortes de
prospectus à la sortie des métros, à l’entrée des théâtres ou des
cinémas ?
Mais si, ceux à qui notre seul regard ignorant ou méprisant indique un plus
ou moins subtil « we are not interested ».
Ces personnes sont en réalité victimes au dernier échelon de toutes ces
conversations qui s’éternisent et que l’on n’arrive pas à interrompre. De ces repas de famille qui n’en finissent
pas. De ces pauses déjeuner que l’on rêve d’écourter parce que Georges et sa
cousine nous ennuient. De ces plans de table qui ont rudement été mal faits. Et dont on
aimerait, comme Vincent Delerm, « tenir les coupables ».
Les rapports sociaux, c’est comme les rapports amoureux. Lorsque l’on n’est
pas intéressé … on n’est pas intéressé !
C’est d’ailleurs ce que résume très bien le film au titre aussi attrayant que mystérieux : Ce que pensent les hommes.
“Être lyrique c’est chanter tellement fort que si
les gens ne voient pas votre cœur au moins ils voient vos dents” Jacques Brel
A l’issue de ce premier tour présidentiel, et comme souvent à cette
occasion, il apparaît que finalement, tous les candidats sont bien vainqueurs.
Chiffres historiques pour les uns, du jamais vu pour les autres.
Et en fin de compte, des discours lyriques de candidats qui arrangent une foule
déjà acquise.
Bref, pas de surprise. Des hommes politiques en forme. Qui nous donnent
l’illusion de nous montrer leur cœur. Mais dont on voit finalement beaucoup les
dents … de l’ambition.
Pathétique ? Peut-être un peu …
Barenboim interprétant le 1er mouvement de la Sonate "Pathétique" de Beethoven
« Au plus eslevé throne du monde si ne sommes assis que sus nostre cul.
Les Roys et les philosophes fientent, et les dames aussi. » Michel
Eyquem de MONTAIGNE, écrivain français (1533 - 1592)
Non, ne rebroussez pas chemin. Promis juré, je ne ferai pas dans le
graveleux ni dans le scatologique. Quoique ça pourrait plaire, non ?
Il faut dire qu’à l’heure de meurtres en pleine rue et dans les écoles, on
aurait plutôt envie d’aller voir chez l’absurde si on y est.
Justement, pour du fantasque et du délirant, j’ai ce qu’il vous faut :
allez donc voir Moi je crois pas! de Jean-Claude Grumberg au
théâtre du Rond Point, avec Pierre Arditi et Catherine Hiegel. Il vous reste quelques
jours pour aller découvrir cette courte et non moins délicieuse pièce de théâtre
d’une heure dix.
Au départ pourtant, rien de très dépaysant : un couple, le temps qui
coule, les habitudes et un dialogue qui s’épuise. La vie qui passe, en somme.
Et pourtant quand le rideau tombe, rien de plus surprenant que d’entendre
Pierre Arditi nous avancer ses croyances en matière de flatulences …
Mais rassurez-vous, on y croit aussi plein d’autres choses dans ce Moi je crois pas! Si le début semble tout rabelaisien, la suite l'est beaucoup moins.
C’est en fait avant tout une parole qui comble un vide bien plus essentiel.
Une absence. Un regret du temps passé, d’une complicité perdue.
La pièce est construite sur une accumulation de saynètes et de mise en
scène d’une vie de couple. Monsieur croit, Madame ne croit pas. Ou l’inverse.
Sur fond de discussion improbable et sujets aussi secondaires
qu’essentiels - dont l’abominable homme des neiges, la vie après la mort, les
documentaires animaliers ... - on découvre un amour non formulé et dont les absurdités qu'il crée finissent par nous attendrir.
L'amour y est mort ? Surement pas !
L'amour est mort, Jacques Brel
On y rigole beaucoup. On y est ému. C’est une pièce à voir quand tout perd
de son sens et que l’on ne sait plus bien quoi faire pour en retrouver un.
Moi je crois qu’il faut la voir, cette pièce.
…
Moi, je crois pas que les flageolets ...
…
Moi je crois pas! se joue jusqu'au 24 mars au théâtre du Rond Point à Paris. Tous les renseignements ici
« Ne demande pas que ce qui arrive arrive comme tu
veux. Mais veuille que les choses arrivent comme elles arrivent, et tu seras
heureux. » Epictète
Quoi de plus viril que la mafia, les flingues et l’honneur qu’on défend en
étant à la mafia, avec son flingue !
Devenir pompier ou aviateur, cela traverse la tête de tout petit garçon.
Classique.
Mais devenir mafieux ? Bonne question …
Ainsi, alors que tout le monde ne parle que de la journée internationale de la femme, je vous propose de
parler … de l’homme. Ou plutôt d’un homme.
Nom : Roberto Saviano.
Profession : écrivain et journaliste italien
Signe distinctif : recherché par la mafia italienne
Non, vous n’êtes pas dans un épisode du
Parrain de Francis Ford Coppola. Mais bien dans la réalité.
Auteur de l’ouvrage Gomorra sur la
Comora, la mafia napolitaine qu’il décrit dans ses moindres détails, Roberto
Saviano vit ou plutôt survit
entouré de ses escortes permanentes.
Victime de son succès, il a attiré les foudres de la Comorra qui l’a menacé
et le menace encore de mort.
Héros malgré lui, cet Italien confiait au micro de Philippe Collin sur France inter ce jeudi 8 mars qu’il n’était pas sûr que la cause, toute juste et
belle qu’elle soit, en vaille la peine :
« Si j’avais su je ne l’aurais
pas fait ; Dire que ça valait le coup ce serait stupide. Je suis fier
d’être réalisé en tant qu’écrivain. Mais ça ne valait pas la peine de perdre ma
propre liberté. Et surtout que ma famille perde sa liberté. Ils n’ont pas
choisi de vivre ma vie, eux. »
Pourtant, comme si sa seule revanche possible était de continuer son
combat, il récidive avec la publication d’un nouvel opus : Le Combat continue. Résister à la mafia et à
la corruption.
Destin fou que celui de cet homme. Héros ordinaire. Devenu homme
extraordinaire. Et qui confie également à notre grand étonnement :
« Ma vie n’a rien d’héroïque ;
elle est très ennuyeuse. Vivre sous escorte avec sept carabiniers c’est pas
facile du tout »
Nous sommes loin du (presque) sympathique Corleone dont la musique nous
fait toujours autant vibrer. Les menaces ici sont bien réelles. Et l'on ne peut que saluer son courage et sa détermination ...
“Apprenez
que tout flatteur
Vit aux dépens de celui qui l'écoute.”
Jean
De La Fontaine
Les grandes marques nous assaillent de slogans tous plus percutants les uns
que les autres.
Celui, célèbre et malin, de McDonald’s “Venez comme vous êtes” est
particulièrement rusé parce qu’il nous interpelle, avec nos imperfections, nos
rides, nos kilos, nos bagues aux dents ou nos cannes dans la main… Bref, il
nous parle à nous et comme nous sommes.
Et je me demande pourquoi ce slogan marche tant.
Certainement parce qu’il entre en collision frontale avec ce à quoi nous
sommes tant habitués : des top modèles beaux à en tomber, remplis, eux de
perfection absolue et répondant aux canons de beauté.
Des êtres qui ne viennent pas comme nous sommes.
Des êtres bien loin de notre réalité et à qui l’on a envie de dire
« Vous vous êtes et nous, nous sommes ».
Des hommes pareils de Francis Cabrel.
Mais la solution c’est peut-être d’être convaincu que l’on est bien beau
dans nos pantalons Zara ou, comme Barney (How I Met Your Mother) dans nos costards quotidiens ….
Nothing suit me like a suit, Barney Stenson (How I met your mother)
« Je ne voudrais pas arriver à
la fin de ma vie et découvrir que j’en ai vécu que la longueur. Je voudrais en
vivre aussi la largeur et la profondeur » Diane Ackerman
Dans un billet précédant intitulé « la vie ne tient qu’à un fil »,
je vous disais que les rencontres
ne tiennent, souvent, qu’à des détails. Et si l’on mesurait la portée de nos
actes quotidiens lorsque l’on passait le pas de sa porte pour affronter la vie
tous les matins, on resterait certainement terré chez soi de peur de manquer un
regard, une parole, un geste qui nous projetterait dans ce que serait,
véritablement, notre vie.
Le célèbre groupe de rencontre Meetic a bien compris cet état d’esprit
et en a même fait un motif de campagne dernièrement pour la Saint-Valentin.
Vous avez peut-être vu ces grandes affiches à vos arrêts de bus, dans le métro
ou sur le chemin de votre travail :
Cette campagne est particulièrement rusée qu’elle a recourt à l’imaginaire
du conte si ancré dans notre société : un beau prince charmant qui
n’attend que le bon moment pour se manifester…
A croire que le ressort de la rencontre et de son moment opportun
est porteur, puisqu’il s’agit également de celui utilisé par le beau film
éperdument romantique de Richard Linklater, Before
Sunset.
Dans cette histoire, Jesse et Céline se retrouvent à Paris après
une première éphémère et unique rencontre, neuf ans plus tôt, à Vienne. Désormais, lui
est marié et auteur d’un best-seller ; elle défend l’environnement et
cumule les échecs amoureux. La mise en scène est tout aussi amusante qu’osée :
elle consiste en une seule conversation, celle de ces deux ex-amants qui déambulent dans Paris. Et
pourtant, ils parviennent à nous captiver, à nous attendrir, à nous transporter
dans leurs interrogations, finalement universelles.
Aucun des deux, malgré les années, n’a pu oublier cette rencontre
fondatrice. Aucun des deux n’a véritablement pu passer à autre chose.
A travers une réflexion anecdotique – qu’aurait été leur vie si Céline avait
pu se rendre comme prévu à leur rendez-vous donné, peu après leur rencontre à Vienne ? – le
couple nous interroge sur les décisions que nous prenons, les aléas de la vie
et les mystères de la vie amoureuse.
Quant à savoir si Jesse chante « You could be my unintended choice »
… regardez donc le film !
“On ne naît pas femme, on le
devient.” Le Deuxième Sexe, Simone de
Beauvoir
Certes, mais le problème
c’est qu’on naît blonde et qu’on ne le devient pas !
Si les blondes subissent
les célèbres « blagues blondes » c’est, évidemment, parce que toute
la gente féminine est … jalouse ! Elle leur envie leurs belles formes et
leur allure à couper le souffle.
C’est bas. C’est vil.
C’est petit.
Les blondes Anne
Sylvestre
Finalement, les blondes,
c’est un peu le genre de filles qui, même avec un gros mal de mer, restent
classes. Et ça, ça fait mal.
Le genre de fille « qui
d’un battement de cil font tomber tous ces messieurs. » :
Chansons de Filles, Little
Mais l’avantage c’est que
blondes, brunes ou rousses, les filles, ça boude !
Alors, on finit par
renoncer. Envier la gente masculine. Celle qui peut faire ce qu’il faut sans
chercher désespérément des toilettes :
Pisser debout, GiedRé
…
Ah si j’étais un homme !
…
Et la vidéo du dimanche, cette semaine, sera en lien avec cet post ...
(Non, ce ne sera pas Diane Tell!!)
Bohémiens en voyage, Baudelaire, Extrait des Fleurs du Mal
Je vous parlais dans un post précédent (Buongiorno Italia) de l’aspect
potentiellement salvateur de la fuite. Elle semble, il est vrai, parfois, le seul
recours.
Un sauve-qui-peut que l’on espère réparateur.
Mais, étrangement, la fuite va souvent de paire avec un voyage en solitaire
à la Into The Wild.
Affiche du film
Or, précisément, se retrouver en tête à tête avec soi-même suppose un tête
à tête avec … ce que l’on fuyait ! Tous les paysages du monde ne
changeront pas nos pensées. Ce qui les change ce sont au contraire les personnes avec qui
nous pouvons partager notre fuite. Parce qu’il n’est pas question de finir
comme le héros assez peu attachant d’Into
The Wild qui a tout fui pour partir vivre en Alaska : seul et en ayant vécu ses plus beaux moments en solitaire.
Si l’on dit, communément, que le voyage forme la jeunesse c’est parce qu’il
invite à la rencontre et à la débrouillardise.
S’il est si présent dans l’œuvre de Baudelaire, c’est qu’il est poétique.
Tout cela en fait un moment stratégique et fondateur pour trouver son
équilibre dans le fragile exercice de construction.
La fuite apparaît alors peut-être davantage comme une parenthèse dont on apprécie les bienfaits précisément parce que l'on sait qu'on y mettra fin. Le retour est un horizon. Un quotidien amélioré en est la quête.
"Dans ton exil essaie d'apprendre à revenir, mais pas trop tard" aurait-on envie de dire (avec Jean-Jacques Goldman) à un proche en quête d'ailleurs :
« Pour obtenir le don de
persévérance, il résolut de faire un pèlerinage à la sainte Vierge. » Bouvard et Pécuchet, Flaubert
La persévérance est un dur labeur.
On m’a déjà adressé, dans des moments difficiles, la phrase “la lumière est
au bout du chemin”.
Bien que cette phrase soit, comme beaucoup d’autres, une formule toute
faite, elle en dit long sur l’espoir qu’il est nécessaire de conserver, en
toute circonstance. Elle a d’ailleurs l’avantage de ne pouvoir se
tromper et est proche du phénomène de spéculation : quand tout est
désespérément sombre, l’avenir ne peut qu’être meilleur ! Et vu sous cet angle, tout paraît bien plus facile.
Loin de l’obstination proche de la bêtise de Bouvard et Pécuchet (Flaubert
avait pensé au sous titre Encyclopédie de
la bêtise humaine pour son roman éponyme), Sherlock Holmes, mis en scène
dans le deuxième opus Sherlock Holmes
2 : jeux d’ombres, nous offre justement une belle panoplie de
persévérance.
Certes, ce film n’est pas un chef-d’œuvre. Le début est lent et nous impose
de longues scènes de coups de poings relativement inutiles à mon sens. Mais
tout se joue ailleurs. Dans la force que Sherlock puise à croire profondément
et obstinément en la justice et le soin qu’il prête à accomplir la mission
qu’il s’est attribué. La légèreté avec laquelle il aborde le sérieux de cette quête
de la paix mondiale. La capacité à appréhender des situations cruciales avec distance.
Éperdument détaché du qu’en-dira-t-on (jugez en par ses farfelus
déguisements !), ce héros nous donne du courage pour combattre la bêtise
du genre humain et persévérer en tout.
…
Parce que c’est certain, c’est pas gagné d’avance mais « la
lumière est au bout du chemin »
…
C'est pas gagné d'avance, de Vincent Baguian (interprétée par Vincent Baguian et Marjolaine Piémont)
“Au commencement était la
répétition” Yves Bonnefoy
Le 14 février, on doit s’aimer. Tout le reste n’est qu’encombrement,
rabat-joie, tristesse.
Tout le reste qui rappelle que l’essentiel n’est peut-être pas dans cet
étalage momentané de bonheur.
Parce que tout comme le serveur amène ses plats, il faudrait ce jour
commander des mots doux. Pourquoi pas, après tout. Ils ne font de mal à
personne ces mots doux. Excepté à ce reste d’encombrement, de rabat-joie, de
tristesse.
Si la répétition, avec Yves Bonnefoy est une ressource à la création
puisque le même mot n’est jamais, en réalité, identique tant il est contexte –
ceux avec lesquels il est associé - et mémoire – ceux auxquels il se rapporte -,
il reste que le 14 février est un perpétuel recommencement de bons sentiments
qui perdent, par leur nécessité, de leur saveur.
"14 février", extrait du Calendrier perpétuel 365 jours avec Sempé
Parce que ces fleurs bleues rendent cet inconnu à l’humour décalé si attachant et
nous rappellent que les surprises du quotidien sont le meilleur contrepied à ce
14 février :
"Un seul être vous manque et tout est
dépeuplé", Alphonse de Lamartine (Extrait du poème L’Isolement)
Ce n’est jamais le bon moment pour les malheurs.
A l’inverse, n’y a-t-il des moments où il est
temps que de belles choses arrivent ?
Il n’est pas de « bon moment » où l’on
est à même de faire face. On fait face et voilà tout.
Pourtant, il y a des moments où l’on n’est pas
tout à fait prêt à affronter la reconstruction.
C’est précisément les interstices de ces instants fragiles que Jake Scott parvient
à capter et met en lumière dans son film plein de délicatesse Welcome to the Rileys.
Loin du paillasson avec un chien souriant qui nous dirait « Bienvenue
dans une famille on ne peut plus commune » que ce titre peu accrocheur semble
annoncer, le déroulé de cette vie familiale laisse place à un univers de
tendresse éprouvé par de douloureux
aléas.
Malgré des thèmes rabâchés (la mort d’un proche, l’amour qui bat de l’aile,
une adolescente complètement paumée) et des sujets peu novateurs (et déprimant,
je vous l’accorde, quand ils sont mis brutalement à plat comme je le fais),
le scenario nous emporte dans une quête d’espoir. Plus encore une quête de ces
instants qui prennent sens en se percutant.
Proche de 21 grammes (Alejandro
Gonzales Inarritu) par les thèmes, l’approche de ces tranches de vies et de la
mise en lumière de la douleur à vif, ce film nous présente un trio : trois
êtres perdus en quête de repère et de sens. L’intrigue nous prend aux tripes
tant les sentiments sonnent juste. Ni larmoyant sur cette fille qui se
prostitue, ni dans le pathos pour cette mère incapable d’affronter le monde –
et la réalité - hors des murs de sa maison, depuis la mort de sa fille, ni
flagellateur pour ce père qui trompe allègrement sa femme depuis des années.
Trois êtres dont il est temps que
leur destin se rencontrent.
Parce qu’il est rare que la reconstruction d’un couple se fasse grâce à la
rencontre d’une prostituée.
Parce qu’il est rare de voir un couple tenir au cinéma.
Parce qu’il est rare de voir un film parvenir à toucher l’instant.
Grand Corps Malade Toucher
l’instant
Vous aimez l'idée des rencontres inattendues et bienvenues évoquées dans cet article ? Vous aimerez alors surement aussi celui-là
«
Demandez à un crapaud ce qu’est la beauté, il vous dira que c’est sa crapaude,
avec deux gros yeux ronds, une gueule plate, un ventre jaune et un dos brun. » Voltaire
Effronté non, cet animal là ?!
En beauté comme en amour il en va presque toujours de ce
que nous voyons. Comme il l’était déjà dit ici. Pas très loin de cette réflexion
il y a celle d’aujourd’hui.
Et vous allez finir par croire que j’ai des origines
québécoises, puisque je vous parlais déjà de cette région ici et là … Qu’à cela
ne tienne !
Je mise plutôt, pour ma part, sur ce grand froid pour
m’avoir fait penser à ce film dont l’épique épopée se déroule dans un village reculé
et bien mal nommé du Québec : Sainte-Marie-La-Mauderne et dont le titre en
dit long sur sa teneur : La Grande
Séduction.
L’histoire est simple mais originale : Sainte-Marie-La-Mauderne a besoin d’un médecin pour voir son usine rouvrir et ses hommes, au
moral en berne, reprendre du poil de la bête. Or, Christopher Lewis, médecin de Montréal absolument détestable, est envoyé sur place après avoir été arrêté au
volant de sa voiture sous l’effet de diverses drogues. Commence alors la grande
séduction menée collectivement par tout le village pour tenter de garder cet
homme tombé du ciel. Prenons l’exemple, absolument hilarant, du départ :
apprenant que leur potentiel sauveur est fan de cricket, les hommes improvisent
une mise en scène pour que la première vision à son arrivée soit
magique : une équipe de cricket en pleine action. Sauf que, détail,
personne au village ne connaît ni les règles, ni les bases du jeu en question …
La séduction s’annonce ainsi toute aussi grande que
longue ! Parce que, vous l’aurez compris, le chemin reste donc long tant
les distances qui séparent ces deux mondes amenés à cohabiter sont grandes.
Un village tout entier qui trouve ainsi sa raison d’être
à échafauder toutes sortes de subterfuges pour conserver son médecin, voilà qui
semble désuet … et pourtant si crucial à l’heure où les zones rurales désertées
par les médecins sont des vrais enjeux de politiques publiques en France.
Scenario et décor peu habituels, ce film de 2003 a tout,
précisément, pour séduire. Et tout cela dans un québécois typique (il me semble
qu’il existe même une version sous-titrée en français !). Impossible de les
prendre au sérieux ces bonshommes là ! Drôle et émouvante, cette Grande Séduction mérite vraiment qu’on s’y
replonge.
Un seul bémol peut-être : une fois le clap de fin
frappé, vous risquez de vouloir prendre le premier vol pour Sainte-Marie-La-Mauderne, ce qui, je vous le concède, ne serait peut-être pas la meilleure idée
du siècle.
…
Mais tout n’est, après
tout, qu’une question de point de vue !
…
Pour lire une autre réflexion sur un film, cliquez donc
ici
“Toutes choses doivent prendre fin.
Les ouvrages des mortels ne sont pas immortels et tout ce que nous voyons doit
périr un jour” Sénèque
S’il avait su, Sénèque (4 av JC – 65 ap JC), que ses préceptes feraient
tant de ravages chez nos rockeurs contemporains ! Parce que si l’âge
fatidique des 27 ans semblent si fatal pour
ces musiciens, c’est qu’ils ont un
mal-être lié, précisément, au caractère éphémère des choses. Pensons à Jim
Morrison (allez donc voir, au Père Lachaise le culte rendu sur sa tombe !),
Kurt Cobain, Janis Joplin ou plus récemment Emy Winehouse. A les dépeindre
comme des révoltés hors norme, on en oublierait presque que ce qui les définit
est avant tout un désespoir bien trop profond pour être surmontable.
Loin d’essayer de nous faire comprendre la machine complexe des pensées de
ces rockeurs, Vincent Brunner nous propose, avec son merveilleux ouvrage Rock Strips de quoi revoir nos
classiques en matière de rock:
Ouvrage collectif où se mêlent bande dessinée et play list pour chaque
groupe, ce livre au concept innovant semble dangereux à en lire l’énigmatique
préface de Mathias Malzieu, chanteur du groupe Dionysos :
« Si vous prenez la
responsabilité de lire le présent manuel, vous risquez de ressentir une poussée
d’adrénaline telle qu’elle télécommandera votre corps des pieds à la tête au
point de vous faire danser, même devant tout le monde » (…) « Vous
risquez fortement de vous faire décommander le week end chez tonton pour partir
traverser la vallée de la mort au volant d’une vieille Corvette toute défoncée
.Même si finalement, vous vous contenterez de traverser l’Ardèche en kart à
pédales, vous aurez la sensation d’être un putain de pionnier. »
Après avoir plongé dans cet ouvrage, je peux vous garantir qu’il s’agit
réellement d’une aventure : vous regretterez de ne pas avoir à disposition
(et tout de suite) tous les cd des Rolling Stones, Nick Cave, Led Zeppelin ou des Kinks …
Comble du comble, Vincent Brunner a remis ça en septembre dernier avec le
deuxième tome de cette pépite : Rock
Strips come back
A nouveau, chaque groupe reprend vie sous les dessins et bulles d’experts
en la matière (Charles Berbérian, Loustal, Rébéna,
Winshluss …) qu’accompagnent les précieux détails de la vie des artistes ainsi
que leurs opus incontournables.
Plutôt que de pleurer nos morts, voilà un ouvrage qui vous donnera envie de
redonner vie à votre groupe de lycée …
…
Et pour que certaines choses ne prennent pas fin :