Affichage des articles dont le libellé est Destin. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Destin. Afficher tous les articles

jeudi 12 juillet 2012

Marche pas sur mes plates bandes


« Tu devrais changer de nom, de femme, et de profession » Le dernier des Six, Georges Lacombe, 1941
On se construit, en partie, à partir d’un mécanisme d’imitation / différenciation[1]. Il y a des personnes à qui l’on souhaite ressembler. Et d’autres dont on souhaite se différencier. Plus encore, dont on souhaite être l’exact opposé. Et avec qui l’on ne partage rien.
Et puis, il y a ceux à qui l’on ne pense pas ressembler, mais que par la force des choses, nous rejoignons en tout. Entendez nos géniteurs. Oui.
Mais tout cela, c’est dans une vie ordinaire. Entendez la notre. Oui.
Parce que dans la vie politique, c’est bien différent. On marche seul. C’est en tout cas l’édifiant constat que nous amène à faire La Conquête, le film de Xavier Durringer décrivant l’ascension au pouvoir d’un ancien Président de la République. Si le seul titre nous fait penser à une ascension diabolique à la Arturo Ui[2], le contenu nous donne à voir un tout autre scenario, plus inattendu.

Il n’est donc pas question d’imitation ou de différenciation. Bien plus de la construction d’une identité publique. Hargneuse et revancharde. Par des hommes dont il ne faut pas marcher sur les plates bandes.



bref, marche pas sur mes plates bandes




[1] Pierre Bourdieu ne serait pas très content de ce raccourci. Admettons donc que ces deux mécanismes sont liés à la socialisation qu’il décrit largement dans toute son œuvre.
[2] Dans La Résistible Ascension d’Arturo Ui, Bertold Brecht

mardi 19 juin 2012

Toi + moi + tous ceux qui sont seuls



« Le cinéma, c’est  du théâtre en conserve » Louis Jouvet
Après le billet d’hier, difficile de dire mieux que Louis Jouvet !
Être perdu, ne plus savoir qui l’on est et comment donner du sens à notre quotidien, voilà bien le fond de commerce de tout film contemporain digne de ce nom.
Parfois lassant, éreintant, et redondant, cette habitude nous apparaît désormais comme un rite de passage auquel nous ne pouvons échapper. Comme un gage de légitimité de la part du réalisateur, nous disant : je parle de ce que vous vivez.
Les titres des films traitant de ce thème font d’ailleurs appel à une chaleur en décalage avec ce qu’ils exposent utilisant régulièrement le terme « bienvenue ». C’était en tout cas déjà le titre de Bienvenue chez les Rileys dont je louais tous les mérites dans l’article Toucher l’instant. Et, dans un tout autre style, il est vrai Bienvenue chez les Ch'tis !
C’est actuellement le film Bienvenue parmi nous qui est à l’affiche. Il ne déroge pas à la règle. Le « nous » n’est que subtilité puisqu’il n’est pas question de collectif. Il y a simplement deux êtres perdus et éperdument seuls. Deux personnages très différents, mais qui, il faut bien le reconnaître, se retrouvent sur le point de leur solitude.



Le cinéma français ne nous offre pas un chef-d’œuvre. Mais comme dirait Armelle Héliot du Masque et la Plume « nous passons une bonne soirée ! ».
Et en plus, dernièrement, Mousse Mango a été accueilli pour tout plein de bras qui lui souhaitaient la bienvenue !


Alors c’est sûr, je vous la mets cette chanson (non sans auto-dérision, hein !)


Toi + moi + tous ceux qui sont seuls


lundi 28 mai 2012

Et si on refaisait le monde ?


« Un coup de pinceau de la Nature rend tous les mondes semblables » Flatland  (1884) Edwinn Abbott Abbott

Laisser un autre monde à nos enfants. C’est sans doute ce que pensent tous les écologistes.
Vivre dans un autre monde. Voilà ce à quoi pense,  à un moment où à un autre, chacun d’entre nous.
Ou à défaut nous l’avons au moins chanter, bien fort, avec Téléphone.
Téléphone, Un autre monde
Ni écologistes, ni chanteurs rock, les deux héros de Moonrise Kingdom sont pourtant de parfaits archétypes de doux rêveurs d’un autre monde.
Film loufoque, totalement décalé et surprenant, Moonrise Kingdom est une bulle hors du temps. Un autre monde à lui seul. 


Deux amoureux. Un orphelin, en camp scout et mal aimé de la bande. Une jeune fille légèrement paumée et qui rêve d’un ailleurs.
Deux chemins qu’ils s’efforcent, tous deux, de rejoindre. Comme une histoire impossible.
 The Story of the impossible, Peter Von Poehl
Allez donc voir Moonrise Kingdom.  Le temps de cette épopée, vous vivrez dans un autre monde !

Et si on refaisait le monde ?


jeudi 10 mai 2012

La folie des grandeurs #2


-       Tu m’avais promis hier qu’on irait voir les dunes, ensemble…
-       Promis, promis (en aparté) toi tu m’avais promis qu’tu grossirais pas … Alors tu vois, les promesses …
L’Arnacœur, Pascal Chaumeil, 2010

Après un séjour aux Émirats Arabes Unis, voici une petite session d’articles dédiés à ce pays … haut en couleur ! Cet article fait suite à La folie des grandeurs #1

Les dunes, les dunes, les dunes.
C’est certain, si vous voulez en voir, volez vers les Émirats et vous serez servis. Villes construites en plein désert, Abou Dhabi ou Dubai sont envahies de sable, jusque sur leurs autoroutes. Du sable en ville, cela a un côté totalement décalé de notre quotidien et des chaleurs du métro parisien …
Si la Twingo locale est bel et bien la Porsh Cayenne, c’est aussi, -un peu- parce que c’est le seul moyen de survivre dans ces îlots de folies en plein désert.

France Gall, Quand le désert avance
Ainsi, un 4x4 aurait été fort utile pour éviter de s’ensabler et de brûler sous le soleil caniculaire tout en poussant, en vain, la carlingue de la voiture (bien trop basique pour du local). Car c'est bien un 4x4 qui peut alors sauver la situation !
Mais revenons aux dunes. En moins d’une heure, vous quittez la ville, le gratte-ciel et la démesure pour gagner les dunes, les chameaux, les camps de bédouins, les danses du ventre et les repas sous les étoiles.
Mousse Mango y aurait bien élu domicile à vrai dire.  
Et vous ?




La folie des grandeurs #2


samedi 28 avril 2012

Quand t'es à bout, vole vers Abu


"Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage" Joachim Du Bellay, Les Regrets
Cet article a été rédigé dans le cadre du concours "Paulette pique sa crise", organisé par le Magazine Paulette, et dont les résultats seront publiés le 3 mai prochain ! 

Paulette subit la crise
Paulette est au chômage.
Mais Paulette est hyperactive. Alors Paulette se dit que non, elle est simplement en recherche active d’emploi.
D’accord, se dit Paulette. Alors, à l’attaque ?
Oui.
Peut-être.
Enfin, non.
C’est en tout cas la déclinaison de la réponse, au fil des jours, des semaines, des mois.
Ce n’est pas aussi simple qu’il y parait, se dit Paulette. 
Parce qu’en fait, un joli diplôme et la majoration d’un master, ça n’a pas d’importance. On veut des Paulette opérationnelles. Des boîtes à outils. De l’expertise. Du concret.
Paulette est hypercritique.
Pourtant, Paulette fait de beaux rêves : un joli poste, un gentil Georges, des minis Georges et des minis Paulette …
Mais dans l’immédiat Paulette a quitté Georges. Et comme elle n’arrive pas réellement à tourner la page, Paulette a l’impression d’être une blague carambar du type : « quel est le comble pour une Paulette ? ».
Parfois, Paulette se dit qu’elle aurait tout à fait pu écrire la chanson « La Tristitude » d’Oldelaf tant la vie va de mal en pis.
Surtout que Paulette se voit proposer d’être auto-entrepreneuse et rémunérée un demi-smic. Paulette a décidément de quoi se réjouir !
Paulette est à bout. Paulette s’envole donc vers Abu (Dhabi).
Et puis comme Paulette a la réputation d’être une belle optimiste, elle bénéficie d’encouragements fous. Atypiques, par moments, comme ceux d’un Georges bienveillant croisé au hasard d’un métro. Maladroits, parfois quoique bien intentionnés tels que: « Allez Paulette, tu vas y arriver. Tu es courageuse ! ».
Le courage n’y est malheureusement pas pour grand-chose dans l’histoire. La vie, ce n’est pas le mérite agricole ! C’est de la chance, de la patiente, de l’énergie à revendre. Et du soutien. Une quantité inimaginable de soutien.
Et de ce côté là, Paulette ne connaît pas la crise. Parce que si Paulette est hypersensible, Paulette est avant tout hyperchanceuse.

Paulette subit la crise ?
...

Jean-Jacques Goldman, Envole-moi 

Ps: je m'envole très bientôt. Depuis le dos d'un chameau, pas sûre que la connexion passe ... Pardon pour mes posts moins fréquents dans la semaine à venir! 

jeudi 26 avril 2012

Thank you, Mom


« La plus violente douleur qu’on puisse éprouver, certes, est la perte d’un enfant pour une mère, et la perte de la mère pour un homme » Guy de Maupassant, Les Contes de la Bécasse
Réussir dans la vie c’est certain, ce n’est pas avoir une rolex.
Si c’était si simple, on économiserait et tout serait plié.
C’est bien plus, à mon sens, avoir une église pleine à la toute fin. Une famille qui nous pleure. Des amis à qui l’on manque.
Procter & Gamble a bien compris toute l’émotion qui se cachait derrière une mère. La marque le montre très bien à travers sa belle vidéo de promotion des futurs Jeux Olympiques de Londres :

Best Job, PG London 2012
Susciter l’émotion, faire rêver, donner à croire que tout est possible, n’importe où. Voilà toute la force de cette campagne. C’est oublier, bien sûr, tous les paramètres sociaux. Mais cela, P&G nous serait grès d’en faire abstraction. Pendant deux minutes en tout cas !
Trop présentes, trop distantes, geek ou IT incompétentes … les mères sont des repères, quoiqu’il arrive. Et elles le restent, même lorsqu’elles ne sont plus.



vendredi 20 avril 2012

Est-ce que j’ai une tête d’atmosphère ?


« Une jolie tête? C’est comme si vous décidiez d’après le bouchon de la bouteille » Anatole France 

On m’a adressé récemment un très gentil compliment : “Oh tu es bien maquillée … Tu es allée chez MAC ?” En plus de me faire rougir, on m’instruit, puisque pour moi, Mac se limitait à la marque de mon ordinateur.
J’ai donc terriblement eu envie de répondre «  Est-ce que j’ai une tête de Mac ? »
Ce qui, bien sûr, n'aurait été qu'un mauvais plagiat de la mythique réplique de Madame Raymonde dans l’Hôtel du Nord (1938) de Marcel Carné: « Atmosphère, atmosphère, est-ce que j’ai une tête d’atmosphère ? »
Hôtel du Nord, Marcel Carné


Dans ce film, le spectateur s’immisce dans des vies et des destins forts différents les uns des autres mais qui pourtant se côtoient et se croisent, s’appréhendent et se découvrent à travers un unique lieu : l’hôtel du Nord.
On retrouve d'ailleurs ce type de rencontres improbables dans le mystérieux roman de Véronique Ovaldé Et mon cœur transparent

L’auteur met justement en récit la découverte de l’autre, et ce à travers la mort. C’est en effet après la mort de sa femme que le héros Lancelot découvre d’étranges formules d’explosifs mêlées aux recettes culinaires de son épouse …
Pourtant, l’extrait le plus savoureux du roman se trouve avant ce récit dramatique. C’est celui de la rencontre entre Lancelot attendant sa femme qu’il croit en train de réaliser un film animalier, et Vladimir, transsexuelle désespérée de l’échec de sa transformation :
« Et Vladimir devant son café cognac expliqua qu’elle se sentait toujours aussi seule, qu’elle savait bien que toutes les hormones qu’elle prenait allaient finir par lui filer le cancer et que ses enfants ne voulaient toujours pas la voir.
Lancelot ne sut que répondre.
Il prit la main molle de Vladimir dans la sienne et la tapota, il lui offrit un nouveau cognac et lui dit qu’il venait de quitter sa femme, qu’il n’avait pas d’enfant, quasiment rien sur son compte en banque et qu’il avait peur que la femme qu’il aimait ne se fasse bouffer par un ours » page 48
Deux solitudes, deux destins malheureux. Deux atmosphères qui n’auraient pas dû se rencontrer. Et pourtant …

Est-ce que j’ai une tête d’atmosphère ?

jeudi 19 avril 2012

Tout va bien Madame la Marquise !


« Vous aviez le choix entre la guerre et le déshonneur. Vous avez choisi le déshonneur, et vous aurez la guerre » Winston Churchill à Neville Chamberlain, 1938
Choisir entre la peste et le choléra, c’est bien connu, ce n’est pas très drôle. Mais version Churchill, il y a une dimension dramatique à la chose qui l’est encore moins. 
On est loin des choix improbables de Pierre Palmade qui nous demande : "tu préfères, à vie, avoir une tête de veau ou deux bras de neuf mètres ?"
Le genre de dilemme dont on souhaite volontiers être épargné.  
Le genre de décision que l’on est heureux de ne pas avoir à prendre.
On est reconnaissant, par exemple, de ne pas être né en 1917 à Leidenstadt.
 Jean-Jacques Goldman, Né en 17 à Leidenstadt
Et finalement on se dit que tout va très bien, tout va très bien ! 
Ventura, Tout va très bien
 
Tout va bien Madame la Marquise !

lundi 9 avril 2012

Audrey Hepburn vs Katherine Heigl


« La beauté du cinéma, c’est de pouvoir tenter quelque chose de différent. » Clint Eastwood

Difficile parfois de se révéler créatif en matière d’art tant ce qui a été fait semble déjà recouvrir à peu prêt tous les champs du possible !
C’est ainsi que les scénarios réellement innovants font parfois cruellement défauts dans les salles de cinémas …
Et nous voilà donc revenu à la (fausse) bataille qui oppose Audrey Hepburn et Katherine Heigl. A priori, peu de choses en commun …
Un scénario, bien sûr ! Voilà ce qui les rassemble.
Se faire passer pour celui que l’on n’est pas, espérer duper la belle et en tomber, finalement (fatalement ?) amoureux.
Vacances romaines de William Wyler (1953) d’une part et 27 Robes d’Anne Fletcher (2008), d’autre part.


Rapprochement apparemment improbable ?
Audrey Hepburn est à Rome, Katherine Heigl à New York. L’une est brune, l’autre est blonde. La première est princesse et cherche à fuir désespérément sa fonction et son emploi du temps si officiel, la deuxième est éternelle demoiselle d’honneur et collectionneuse hors paire de robe de mariages …
Et un même journaliste dans le rôle de l’usurpateur. Sortir un papier qui lui fera faire la Une. C’est les ambitions similaires de ces deux journalistes qui voient, d’abord, ces filles perdues comme de bons appâts pour un gain certain et une célébrité annoncée. Tous les deux pourtant ne feront pas les mêmes choix et les « happy end » ne sont pas (toujours) celles auxquelles nous nous attendons.
A vous de voir la fin que vous préférerez et laquelle des deux héroïnes remportera la bataille !



Audrey Hepburn vs Katherine Heigl

jeudi 1 mars 2012

Je t’aime, moi non plus


« Je ne voudrais pas arriver à la fin de ma vie et découvrir que j’en ai vécu que la longueur. Je voudrais en vivre aussi la largeur et la profondeur » Diane Ackerman
Dans un billet précédant intitulé « la vie ne tient qu’à un fil », je vous disais que les  rencontres ne tiennent, souvent, qu’à des détails. Et si l’on mesurait la portée de nos actes quotidiens lorsque l’on passait le pas de sa porte pour affronter la vie tous les matins, on resterait certainement terré chez soi de peur de manquer un regard, une parole, un geste qui nous projetterait dans ce que serait, véritablement, notre vie.
Le célèbre groupe de rencontre Meetic a bien compris cet état d’esprit et en a même fait un motif de campagne dernièrement pour la Saint-Valentin. Vous avez peut-être vu ces grandes affiches à vos arrêts de bus, dans le métro ou sur le chemin de votre travail : 
 










Cette campagne est particulièrement rusée qu’elle a recourt à l’imaginaire du conte si ancré dans notre société : un beau prince charmant qui n’attend que le bon moment pour se manifester…
A croire que le ressort de la rencontre et de son moment opportun est porteur, puisqu’il s’agit également de celui utilisé par le beau film éperdument romantique de Richard Linklater, Before Sunset

Dans cette histoire, Jesse et Céline se retrouvent à Paris après une première éphémère et unique rencontre, neuf ans plus tôt, à Vienne. Désormais, lui est marié et auteur d’un best-seller ; elle défend l’environnement et cumule les échecs amoureux. La mise en scène est tout aussi amusante qu’osée : elle consiste en une seule conversation, celle de ces deux ex-amants qui déambulent dans Paris. Et pourtant, ils parviennent à nous captiver, à nous attendrir, à nous transporter dans leurs interrogations, finalement universelles.
Aucun des deux, malgré les années, n’a pu oublier cette rencontre fondatrice. Aucun des deux n’a véritablement pu passer à autre chose.
A travers une réflexion anecdotique – qu’aurait été leur vie si Céline avait pu se rendre comme prévu à leur rendez-vous donné, peu après leur rencontre à Vienne ? – le couple nous interroge sur les décisions que nous prenons, les aléas de la vie et les mystères de la vie amoureuse.
Quant à savoir si Jesse chante « You could be my unintended choice »  … regardez donc le film ! 
 Muse, Unintended
...
Je t'aime, moi non plus
...

mardi 28 février 2012

Trouver sa place


« Rien ne saurait retracer quelle était la confusion de mes pensées lorsque j’allai au fond de l’eau (…) il me fut impossible de me délivrer des flots pour prendre respiration. » Robinson Cruzoé, Daniel Defoe

Un végétarien qui se serait perdu au salon de l’agriculture.
Un culturiste qui tenterait de jouer à l’équilibriste.
Un nudiste qui aurait échoué en Sibérie.
Ces situations improbables (et moins tragiques que celle de Robinson, certes ! ) où l’on comprend bien que l’on n’est pas à sa place.
Ne pas se sentir à sa place, voilà qui rend incompatible un lieu et un état d’esprit.
C’est le cas, par exemple des personnes d’origine étrangère. Le sociologue Abdelmalek Sayad parle à leur égard de la « double absence »[1] telle une double peine : ni véritablement d’ici, ni véritablement d’ailleurs, ces individus souffrent d’un décalage où qu’ils soient.
Récemment, c’est le "Alone Man Show" de Pascal Legitimus qui a excellemment mis en scène cette double absence.
Entouré par une armoire noire (sa moitié antillaise) et une armoire blanche (sa moitié arménienne), l’humoriste met à nu ces incertitudes et sa difficile quête d’une identité.
« J’étais comme un cachou dans un bol de riz » y explique-t-il :

Des vidéos du spectacle sont disponibles ici par exemple


Plus légèrement, ne pas être à sa place c’est aussi se retrouver là où l’on ne veut pas être … à la piscine par exemple :
Direction La Piscine, Florent Nouvel
Trouver sa place





[1] La double absence. Des illusions de l'émigré aux souffrances de l'immigré. Paris, Seuil, 1999, 438 p. Coll. "Liber".

lundi 27 février 2012

Ma fuite s’appelle revient !


« Fait couler le rocher et fleurir le désert
Devant ces voyageurs, pour lesquels est ouvert
L’empire des ténèbres futures »
Bohémiens en voyage, Baudelaire, Extrait des Fleurs du Mal

Je vous parlais dans un post précédent (Buongiorno Italia) de l’aspect potentiellement salvateur de la fuite. Elle semble, il est vrai, parfois, le seul recours.
Un sauve-qui-peut que l’on espère réparateur.
Mais, étrangement, la fuite va souvent de paire avec un voyage en solitaire à la Into The Wild.
Affiche du film

Or, précisément, se retrouver en tête à tête avec soi-même suppose un tête à tête avec … ce que l’on fuyait ! Tous les paysages du monde ne changeront pas nos pensées. Ce qui les change ce sont au contraire les personnes avec qui nous pouvons partager notre fuite. Parce qu’il n’est pas question de finir comme le héros assez peu attachant d’Into The Wild qui a tout fui pour partir vivre en Alaska : seul et en ayant vécu ses plus beaux moments en solitaire.
Si l’on dit, communément, que le voyage forme la jeunesse c’est parce qu’il invite à la rencontre et à la débrouillardise.
S’il est si présent dans l’œuvre de Baudelaire, c’est qu’il est poétique.
Tout cela en fait un moment stratégique et fondateur pour trouver son équilibre dans le fragile exercice de construction. 
La fuite apparaît alors peut-être davantage comme une parenthèse dont on apprécie les bienfaits précisément parce que l'on sait qu'on y mettra fin. Le retour est un horizon. Un quotidien amélioré en est la quête.
"Dans ton exil essaie d'apprendre à revenir, mais pas trop tard" aurait-on envie de dire (avec Jean-Jacques Goldman) à un proche en quête d'ailleurs :
 Puisque tu pars, Jean-Jacques Goldman
...
Ma fuite s'appelle revient !
...

lundi 20 février 2012

Vive le vent …


“Ce n’est pas la girouette qui change, c’est le vent qui tourne”, Edgar Faure
Souvent, il y a cette étrange impression : les choses ne vont pas comme nous le souhaiterions alors même que nous avons toutes les cartes en main pour qu’il en aille autrement. Pourtant, manifestement, un élément nous échappe.
Et un jour on se rend compte que la situation précédente s’est transformée. C’est indéniable : les choses évoluent, changent. Et souvent en bien.
En réalité, c’est peut-être Edgar Faure qui a raison : ce n’est que le vent qui tourne.
C’est d’ailleurs peut-être parce que c’est une histoire de vent que les belles choses arrivent quand on s’y attend le moins. Un appel pour un entretien quand on a des chaussures de ski au pied et la tête dans les nuages. La réussite d’un concours la veille de la rentrée. Recevoir un coup de fil d’Australie quand on est perdu dans les montagnes arméniennes.
En cette période de début de Carême (et que l’on croit ou non en Dieu), il est plaisant de remarquer combien c’est dans les situations de manque que l’on mesure les bienfaits des imprévus et des plaisirs quotidiens.
Et de l’inattendu
De ne pas négliger l’inattendu
Et parce que l’imprévu c’est aussi un télésiège qui s’arrête quand il ne faut pas : 



vendredi 17 février 2012

Buongiorno Italia


“Une dernière pensée désespérée traversa son esprit : Fuir ce rocher maudit ! ” Les 40 jours du Musa Dagh, Franz Werfel, page 665
Partir.
Partir loin.
Il arrive que seule la fuite nous semble un horizon capable de nous sauver.
C’est en tout cas comme cela que Sandro, le héros du poétique roman de Philippe Fusaro, L’Italie si j’y suis, appréhende son périple à travers l’Italie avec son fils Marino, suite à une violente rupture.

« Ici
Sur l’autoroute
Je prends la fuite
Ne me retourne pas
La ville est dans mon dos
Je ne regarde pas dans le rétroviseur
Je ne pense qu’à filer, porté par le vent du soir et ma tristesse s’écoule sous le châssis, goutte sur l’asphalte. » p.31



Tout en faisant face à la brutalité de la vie et à ses soubresauts, cette nouvelle nous fait entrer dans un monde de douceur et de rêverie. 
Parce que ce n’est pas un simple voyage réparateur. C’est des retrouvailles entre un fils et son père. C’est un conte dans lequel le premier ne quitte pas son costume de Youri Gagarine que son grand-père lui a ramené de Russie. C’est une visite de l’Italie telle qu'on ne l’a jamais faite et qu’on ne la fera jamais. C’est monter à bord d’une Alfa Romeo remplie d’incertitudes et de quête de la certitude. C’est prendre la route pour on ne sait où.
C’est voir apparaître le héros du jeune Marino, Youri Gagarine, réconfortant cet enfant dans ses moments de doute, à l’image d’Eric Catonna dans le célèbre film Looking for Eric.

C’est se demander pourquoi cette petite merveille sans prétention n’a pas déjà été interprétée au cinéma tant le scenario s’y prête.
C’est se dire que l’on enfourcherait bien sa Vespa pour partir à la quête d’une quelconque certitude, quelque part entre Rome et Naples. 
...
C’est partir.
C’est partir loin.
...

L'Italie si j'y suis, Philippe Fusaro, Édition La Fosse aux ours, 2010, 173 pages, 16 euros

mardi 14 février 2012

On va s’aimer


“Au commencement était la répétition” Yves Bonnefoy
Le 14 février, on doit s’aimer. Tout le reste n’est qu’encombrement, rabat-joie, tristesse.
Tout le reste qui rappelle que l’essentiel n’est peut-être pas dans cet étalage momentané de bonheur.
Parce que tout comme le serveur amène ses plats, il faudrait ce jour commander des mots doux. Pourquoi pas, après tout. Ils ne font de mal à personne ces mots doux. Excepté à ce reste d’encombrement, de rabat-joie, de tristesse.
Si la répétition, avec Yves Bonnefoy est une ressource à la création puisque le même mot n’est jamais, en réalité, identique tant il est contexte – ceux avec lesquels il est associé - et mémoire – ceux auxquels il se rapporte -, il reste que le 14 février est un perpétuel recommencement de bons sentiments qui perdent, par leur nécessité, de leur saveur.

"14 février", extrait du Calendrier perpétuel 365 jours avec Sempé

Parce que ces fleurs bleues rendent cet inconnu à l’humour décalé si attachant et nous rappellent que les surprises du quotidien sont le meilleur contrepied à ce 14 février :
Jeanne Cherhal, Parfait Inconnu
Et parce qu’encombrement, rabat-joie, tristesse.