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lundi 11 juin 2012

La tête dans les étoiles


« La vie est agréable. La mort est paisible. C’est la transition qui est désagréable » Isaac Asimov


Sans être aussi dramatique qu'Isaac Asimov, il faut reconnaître qu'être en état de transition est un sentiment très étrange. A l’image, sans doute de celui qui nous envahit à l’approche d’un beau voyage.
Faire une valise, c’est avoir, déjà, la tête dans les étoiles et anticiper ce qui pourrait bien arriver. C’est une excitation singulière qui autorise à avoir un mal de mer sans même encore naviguer ou avoir une appréhension du furieux décollage d’un avion.
Mais c’est surtout n’être pas totalement dans l’esprit ce que nous faisons.
Faire une valise, c’est être en transition. C’est une attente dont on connaît, a priori, l’issue joyeuse.
Mais la transition ne se limite certainement pas à l’image positive du voyage. Parce qu’une transition est aussi terriblement anxiogène. Ce qui d’ailleurs, se retrouve dans le film Le terminal de Steven Spielberg.


Ce film qui a, pour unique décor, un terminal d’aéroport – le JFK de New York -  nous révèle que l’on peut être dans une transition non désirée, mais qu'après tout, il suffit de faire avec !

The Terminal, S. Spielberg
Mais s’il est toutefois peu probable que notre pays disparaisse pendant un vol d’avion, il est en revanche utile de se rappeler que l’attente et la transition peuvent être salvatrices.
De quoi espérer que l'on finisse par arriver à destination. Et une belle, si possible.
 Coldplay, Paradise
La tête dans les étoiles


mercredi 30 mai 2012

Je suis un équilibriste


« Ah ! Voici l’équilibriste en habit noir. Il grimpe, à la force des poignets, jusqu’au sommet de la coupole, jusqu’au trapèze vertigineux. Il pose un des pieds d’une chaise sur un verre à boire qui craque, et il s’assied au-dessus du vide. »
Les plaisirs et les jeux (1922), Georges Duhamel

Il y a des moments où l’on retient son souffle. L’attente d’un résultat médical, musical, ou professionnel.
On est alors dans un entre-deux. Et l’on ne peut rien faire. Les dés sont jetés. Plus rien ne dépend de nous. Notre tour (chance ?) est passé.
Cette étrange temporalité où l’on ne peut pas dire que tout va bien. Mais pas plus que tout va mal. Ce sas sans nom. Un intermède de l’indéterminé.
C’est aussi le fil rouge qui définit le magnifique film Walk the line qui retrace la tumultueuse vie de Johnny Cash. Une vie comme sur un fil. Et où tout semble si fragile. Entre ses indécisions amoureuses, ses addictions diverses et son infaillible talent, Johnny Cash se révèle à travers son  parcours passionnant et non moins semé d’embuches.


A la différence de nombreux de ses contemporains (au premier rang desquels Elvis Presley), Johnny Cash survivra à ses débuts chaotiques.
Comme un équilibriste.




Je suis un équilibriste

jeudi 15 mars 2012

Dis-moi quel dévoué tu es … #1


“J’aime mieux être guillotiné que guillotineur” La mort de Danton, Georg Büchner, Acte I scène 2
Suite à mon précédent post The Artist (publié aussi sur facebook) qui présentait sous vos yeux ébahis (ou pas) une petite création Mousse Mango, et dont l’imitation des publicités Monoprix a été rapidement démasquée, il m’a été proposé de rédiger un billet sur le dévouement.
Le dévouement est proche de la gentillesse et de la petite réflexion que j’avais déjà eue ici.
Emmanuel Jafferin dans son Éloge de la gentillesse décrit cette qualité en ces termes :
« Si la gentillesse ne sauve pas elle a toutefois le mérite de réparer : elle prodigue confort et réconfort. Elle remet le touriste sur le droit chemin, qui mène à Rome, comme tous les chemin. Elle donne du tonus à celui qui a du vague à l’âme »
Pourtant, le dévouement se distingue de la gentillesse par une tendance à être plus extrême. La où le gentil conserve une distance avec autrui tout en étant dans l’empathie, le dévoué va jusqu’au total oubli de soi pour l’autre.
Il y a une dimension de souffrance et de malheur dans le dévouement que ne contient pas, il me semble, la gentillesse, bien plus pétillante. Le dévouement c’est bien vouloir être guillotiné plutôt que guillotineur. On a vu plus joyeux …
D’ailleurs, si le dévouement était une peinture, elle serait surement La Mendiante d’Hugues Merle, œuvre poignante d'émotion exposée au Musée d'Orsay :

Le regard angélique / parce que le dévoué est un gentil particulier
Le bras avancé / parce que le dévoué est dans le don
Des larmes qui coulent / parce que le dévoué n’est pas toujours reconnu à sa juste valeur
...
Dis-moi quel dévoué tu es … #1
Dis-moi quel dévoué tu es … #2 => à demain !

Et si vous aussi, vous voulez un petit billet sur le sujet de votre choix, n'hésitez pas à poster un commentaire ou à écrire à mousse.mango@yahoo.fr

jeudi 1 mars 2012

Je t’aime, moi non plus


« Je ne voudrais pas arriver à la fin de ma vie et découvrir que j’en ai vécu que la longueur. Je voudrais en vivre aussi la largeur et la profondeur » Diane Ackerman
Dans un billet précédant intitulé « la vie ne tient qu’à un fil », je vous disais que les  rencontres ne tiennent, souvent, qu’à des détails. Et si l’on mesurait la portée de nos actes quotidiens lorsque l’on passait le pas de sa porte pour affronter la vie tous les matins, on resterait certainement terré chez soi de peur de manquer un regard, une parole, un geste qui nous projetterait dans ce que serait, véritablement, notre vie.
Le célèbre groupe de rencontre Meetic a bien compris cet état d’esprit et en a même fait un motif de campagne dernièrement pour la Saint-Valentin. Vous avez peut-être vu ces grandes affiches à vos arrêts de bus, dans le métro ou sur le chemin de votre travail : 
 










Cette campagne est particulièrement rusée qu’elle a recourt à l’imaginaire du conte si ancré dans notre société : un beau prince charmant qui n’attend que le bon moment pour se manifester…
A croire que le ressort de la rencontre et de son moment opportun est porteur, puisqu’il s’agit également de celui utilisé par le beau film éperdument romantique de Richard Linklater, Before Sunset

Dans cette histoire, Jesse et Céline se retrouvent à Paris après une première éphémère et unique rencontre, neuf ans plus tôt, à Vienne. Désormais, lui est marié et auteur d’un best-seller ; elle défend l’environnement et cumule les échecs amoureux. La mise en scène est tout aussi amusante qu’osée : elle consiste en une seule conversation, celle de ces deux ex-amants qui déambulent dans Paris. Et pourtant, ils parviennent à nous captiver, à nous attendrir, à nous transporter dans leurs interrogations, finalement universelles.
Aucun des deux, malgré les années, n’a pu oublier cette rencontre fondatrice. Aucun des deux n’a véritablement pu passer à autre chose.
A travers une réflexion anecdotique – qu’aurait été leur vie si Céline avait pu se rendre comme prévu à leur rendez-vous donné, peu après leur rencontre à Vienne ? – le couple nous interroge sur les décisions que nous prenons, les aléas de la vie et les mystères de la vie amoureuse.
Quant à savoir si Jesse chante « You could be my unintended choice »  … regardez donc le film ! 
 Muse, Unintended
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Je t'aime, moi non plus
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mercredi 1 février 2012

Il était une fois Sempé


“Je suis Français par hasard et homme avant tout”
Montesquieu
Voilà ce à quoi m’a fait penser l’exposition de la mairie de Paris « Sempé, un peu de Paris et d’ailleurs » 
Affiche de l'exposition
Humour universel et qui touche toutes les générations, les 320 dessins que nous révèlent cette exposition nous plongent dans un univers féérique, enfantin et naïf. Comme cela fait du bien à l’heure où l’hiver s’installe !
Bonbon gratuit (!) mis à notre disposition jusqu’au 31 mars, ce délicieux trésor est comme un cadeau de Noël dont la livraison aurait connue quelques difficultés.
Dessinateur indémodable du Petit Nicolas, Sempé incarne la naïveté représentée en dessin. Cet  homme qui confie que son « enfance n’a pas été follement gaie, elle était même lugubre et un peu tragique » transmet pourtant par son trait un précieux amour de la vie et des choses simples.
Il nous ramène à ce que nous sommes : des hommes avant tout.
Loin d’une philosophie qui se prendrait au sérieux, Sempé nous propose un humour discret et fin. Et voilà bien où se cache sa grande force !

"C'est très beau ce que vous faites, mais elle est très mal placée votre galerie"

 Son trait doux et subtil vous ramène en enfance, c’est certain.

Et pour ceux qui craindraient – à juste titre – de patienter dans le froid pour accéder à l’exposition, dites-vous que vous aurez peut-être la même chance que moi : être abordé par un gentil couple qui vous proposera son entrée coupe file - celle ci ne leur ayant pas été prise – pour la simple et bonne raison que vous êtes le dernier d’une longue file ... ou que vous avez un bonne tête (?!) 
...
Ah les mystères du bonheur !
 ...

 Pour toutes les informations pratiques sur l’exposition, allez donc faire un tour ici 
Et pour lire d'autres articles en lien sur ce blog : regardez donc celui-ci et celui-là

lundi 30 janvier 2012

La vie ne tient qu’à un fil


“Viens amer conducteur. Pilote désespéré, vite! Lance sur les brisants ma barque épuisée par la tourmente! A ma bien aimée! (Il boit le poison) Je meurs ainsi …! Shakespeare, Roméo et Juliette
Qui n’a pas le doux (et vain) espoir, en lisant Shakespeare, de voir Juliette se réveiller quelques secondes plus tôt, ou dans la version de Baz Luhrmann, de voir Léonardo faire preuve d’un peu de patience avant d’appuyer sur la gâchette …
La vie est d’abord et avant tout un concours de circonstances. Etre là au bon moment.
Une rencontre, un regard, une parole … Des destinés entières ne tiennent souvent que dans ces quelques instants où l’on a su prendre la bonne décision ou adopter le bon geste. Francis Cabrel dédie d’ailleurs une chanson à ces rencontres inachevées :
Francis Cabrel les passantes (Poème d’Antoine Pol)
Dans Le Club des Incorrigibles Optimistes[1], Michel Marini, le héros, fait une rencontre aussi inattendue qu’agréable : il « tombe » littéralement sur une jeune fille tout aussi passionnée de lecture que lui. Les deux compères entament une passionnante discussion mais ne prennent pas le soin d’échanger leurs coordonnées respectives …
Désespéré de cette erreur, Michel partage son malheur en ces termes :
«  J’ai couru. Elle avait disparu. J’ai regardé de tous les côtés. Elle s’était volatilisée. Comment la retrouver, sans aucun indice ?  Est-ce que le hasard nous remettrait face à face ? Ou les planètes ? La chance ne passe qu’une seule fois à votre portée. Si vous ne la saisissez pas, tant pis pour vous. J’avais gâché une occasion unique et exceptionnelle et ne pouvais m’en prendre qu’à moi-même. Je m’en suis voulu comme jamais. Mais si tout était prévu, il était peut être écrit qu’on était faits pour se télescoper, que je la laisserais partir sans son nom et son prénom et que j’errerais jusqu’à la fin des temps à sa recherche. Je la croiserai peut-être dans soixante-dix ans. (…) Elle aurait souvent pensé à moi avant de se marier par dépit et d’avoir six enfants. On connaîtrait enfin nos prénoms. Je lui prendrais sa main décatie. On se sourirait avec tendresse. » (p. 549, Le livre de poche)
Si ces lignes remplies de pathos et d’hyperboles donnent presque plus à rire qu’à pleurer tant le héros de douze ans (!) semble dramatiser une rencontre qui, après tout, fut joyeuse, elles révèlent néanmoins qu’une rencontre essentielle peut arriver n’importe où et n’importe quand.
Tout aussi effrayante qu’exaltante, cette réalité invite à être éveillée …
Hum … sortirai-je aujourd’hui ?


[1] Le Club des Incorrigibles Optimistes, Jean-Michel Guenassia, Le Livre de Poche, 730 pages, Prix Goncourt des Lycéens 2009