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mardi 9 octobre 2012

Tout est une question de point de vue


Aujourd'hui, on relit un article qui nous fait voyager. 
 
« Demandez à un crapaud ce qu’est la beauté, il vous dira que c’est sa crapaude, avec deux gros yeux ronds, une gueule plate, un ventre jaune et un dos brun. »
Voltaire
Effronté non, cet animal là ?!
En beauté comme en amour il en va presque toujours de ce que nous voyons. Comme il l’était déjà dit ici. Pas très loin de cette réflexion il y a celle d’aujourd’hui.
Et vous allez finir par croire que j’ai des origines québécoises, puisque je vous parlais déjà de cette région ici et là … Qu’à cela ne tienne !
Je mise plutôt, pour ma part, sur ce grand froid pour m’avoir fait penser à ce film dont l’épique épopée se déroule dans un village reculé et bien mal nommé du Québec : Sainte Marie La Moderne et dont le titre en dit long sur sa teneur : La Grande Séduction.

L’histoire est simple mais originale : Sainte Marie La Moderne a besoin d’un médecin pour voir son usine rouvrir et ses hommes, au moral en berne, reprendre du poil de la bête. Or, Christopher Lewis, médecin de ville absolument détestable, est envoyé sur place après avoir été arrêté au volant de sa voiture sous l’effet de diverses drogues. Commence alors la grande séduction menée collectivement par tout le village pour tenter de garder cet homme tombé du ciel. Prenons l’exemple, absolument hilarant, du départ : apprenant que leur potentiel sauveur est fan de cricket, les hommes improvisent une mise en scène pour que la première vision à son arrivée soit magique : une équipe de cricket en pleine action. Sauf que, détail, personne au village ne connaît ni les règles, ni les bases du jeu en question …
La séduction s’annonce ainsi toute aussi grande que longue ! Parce que, vous l’aurez compris, le chemin reste donc long tant les distances qui séparent ces deux mondes amenés à cohabiter sont différents. 

Un village tout entier qui trouve ainsi sa raison d’être à échafauder toutes sortes de subterfuges pour conserver son médecin, voilà qui semble désuet … et pourtant si crucial à l’heure où les zones rurales désertées par les médecins sont des vrais enjeux de politiques publiques en France.
Scenario et décor peu habituels, ce film de 2003 a tout, précisément, pour séduire. Et tout cela dans un québécois typique (il me semble qu’il existe même une version sous-titrée en français !). Impossible de les prendre au sérieux ces bonshommes là ! Drôle et émouvante, cette Grande Séduction mérite vraiment qu’on s’y replonge.
Un seul bémol peut-être : une fois le clap de fin frappé, vous risquez de vouloir prendre le premier vol pour Sainte Marie La Moderne, ce qui, je vous le concède ne serait peut-être pas la meilleure idée du siècle.
Mais tout n’est, après tout, qu’une question de point de vue !

Pour lire une autre réflexion sur un film, cliquez donc ici

mercredi 19 septembre 2012

Cherchons Hortense


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« Ce n’est pas la révolte elle-même qui est noble, mais ce qu’elle exige » Albert Camus, L’Homme révolté
Les pires événements peuvent se dérouler sans que personne ne se sente particulièrement concerné. Voilà donc pour les indifférents.
Les dépressifs quant à eux ont ceci de dévastateur, et de touchant: ils appréhendent la misère du monde et se sentent incapables de changer le cours des choses.
Et au milieu, il y a ceux qui pensent, à l’image des écologistes par exemple, que l’on peut, individuellement, influencer les événements ou les manières de penser. C’est un mouvement en marche. Qui ne s’arrête jamais vraiment. Un travail de longue haleine.
C’est chercher Hortense.
Dans le film éponyme, le héros (Jean-Pierre Bacri) fait preuve d’un courage notoire, à travers une succession d’événements inattendus. Si l’objectif ultime est bien d’atteindre Hortense, cette quête devient presque un concept : celui de croire qu’un homme ordinaire peut devenir un héros anonyme. Croire que la révolte peut avoir lieu tous les jours, à travers (d’apparentes) anodines interventions.

Mais si chercher Hortense c’est se révolter, c’est alors aussi (un peu) le faire avec les Inconnus … :
 Les Inconnus, Auteuil Neuilly Passy


Cherchons Hortense

samedi 23 juin 2012

Bonjour, c'est Jack !


« De la musique avant toute chose », Paul Verlaine, L’art poétique
La musique adoucit les mœurs, il paraît.  Dans la grande vadrouille pourtant, rien ne semble arrêter les Allemands, même pas Berlioz. Bref.
Le jour de la fête de la musique, pas sure qu’elle parvienne à être douce pour tous …
L’enjeu, ce jour là, est bien d’éviter les groupes d’ex-lycéens désormais trentenaire, les élèves du conservatoire qui ne savent pas encore faire sonner leur violons juste, et les chanteurs de rue, improvisés.
Mais pourtant et malgré tout, cette fête remporte l’adhésion populaire parce que ces musiciens d’un jour à la gloire éphémère sont attendrissants, au fond.
Alors finalement, vivement l’année prochaine.
Vivement la prochaine harmonieuse cacophonie créée par les prochains pianos de streetpianosparis.com, spécialement installés dans le jardin du palais royal pour la fête de la musique dans la capitale. La campagne « Play me I’m Yours », d’une grande audace, entre d’ailleurs totalement en concordance avec ce que doit être cette fête : un événement de rue qui amène la musique à tous.
Et Mousse Mango a même pu jouer quelques notes sur quelques uns des beaux pianos !












 











Pas certaine que Jack Lang prévoyait l’ampleur qu’allait prendre sa journée de la musique, mais …

Bonjour c’est Jack

mardi 19 juin 2012

Toi + moi + tous ceux qui sont seuls



« Le cinéma, c’est  du théâtre en conserve » Louis Jouvet
Après le billet d’hier, difficile de dire mieux que Louis Jouvet !
Être perdu, ne plus savoir qui l’on est et comment donner du sens à notre quotidien, voilà bien le fond de commerce de tout film contemporain digne de ce nom.
Parfois lassant, éreintant, et redondant, cette habitude nous apparaît désormais comme un rite de passage auquel nous ne pouvons échapper. Comme un gage de légitimité de la part du réalisateur, nous disant : je parle de ce que vous vivez.
Les titres des films traitant de ce thème font d’ailleurs appel à une chaleur en décalage avec ce qu’ils exposent utilisant régulièrement le terme « bienvenue ». C’était en tout cas déjà le titre de Bienvenue chez les Rileys dont je louais tous les mérites dans l’article Toucher l’instant. Et, dans un tout autre style, il est vrai Bienvenue chez les Ch'tis !
C’est actuellement le film Bienvenue parmi nous qui est à l’affiche. Il ne déroge pas à la règle. Le « nous » n’est que subtilité puisqu’il n’est pas question de collectif. Il y a simplement deux êtres perdus et éperdument seuls. Deux personnages très différents, mais qui, il faut bien le reconnaître, se retrouvent sur le point de leur solitude.



Le cinéma français ne nous offre pas un chef-d’œuvre. Mais comme dirait Armelle Héliot du Masque et la Plume « nous passons une bonne soirée ! ».
Et en plus, dernièrement, Mousse Mango a été accueilli pour tout plein de bras qui lui souhaitaient la bienvenue !


Alors c’est sûr, je vous la mets cette chanson (non sans auto-dérision, hein !)


Toi + moi + tous ceux qui sont seuls


dimanche 17 juin 2012

La vidéo du dimanche


« Dans leur pitié, pour notre race naturellement vouée à la peine, les dieux ont institué des haltes au milieu de nos travaux. C’est l’alternance des fêtes »
Platon
A croire qu’une fête des pères méritait bien un soleil radieux !
Et parce que je pense qu’ils sont tous un peu clowns, pour leurs enfants, voici une vidéo du dimanche appropriée !

Gad Elmaleh, Papa est en haut, l'education
Mais vous pouvez aussi relire une dédicace plus détaillée dans l'article Mon père ce héros.
Merci les papas … et bonne fête !

jeudi 17 mai 2012

We are not interested!


“Je vous laisse le choix du mensonge qui vous paraîtra le plus digne d’être la vérité” Paul Valéry, Mon Faust

C’est peut-être triste à dire, mais il est des moments où « il faut dire la vérité aux Français ».
Vous voyez ces personnes payées pour nous distribuer toutes sortes de prospectus à la sortie des métros, à l’entrée des théâtres ou des cinémas ?
Mais si, ceux à qui notre seul regard ignorant ou méprisant indique un plus ou moins subtil « we are not interested ».
Ces personnes sont en réalité victimes au dernier échelon de toutes ces conversations qui s’éternisent et que l’on n’arrive pas à interrompre. De ces repas de famille qui n’en finissent pas. De ces pauses déjeuner que l’on rêve d’écourter parce que Georges et sa cousine nous ennuient. De ces plans de table qui ont rudement été mal faits. Et dont on aimerait, comme Vincent Delerm, « tenir les coupables ».
Les rapports sociaux, c’est comme les rapports amoureux. Lorsque l’on n’est pas intéressé … on n’est pas intéressé !
C’est d’ailleurs ce que résume très bien le film au titre aussi attrayant que mystérieux : Ce que pensent les hommes.


We are not interested !

lundi 14 mai 2012

Super moche, ce super héros


-       Elle est gentille ma fille hein ?
-       Elle est gentille, mais qu’est-ce qu’elle est laide !
Tatie Danielle, Etienne Chatilliez, 1990

Alors que l’apologie du corps est partout, il est agréable de constater que la tendance n’est pas – toujours - la même dans le monde des enfants.
Il y est en effet de bon ton de valoriser les anti-héros. Finies les « happy end ». Désormais, la princesse ne conjure pas le mauvais sort et Fiona reste une ogresse. Les créatures effrayantes ne sont plus de terribles monstres, mais des Francœur.
Shrek

Un monstre à Paris
Voilà qui change du monde merveilleux des lampes et des génies, des princes et des trésors, des carrosses et des pantoufles de verre.

MM cherche Aladin ...



Et c'est précisément parce qu'ils vont à contre courant que ces héros sont attachants ...

...
Super moche, ce super héros
...

samedi 28 avril 2012

Quand t'es à bout, vole vers Abu


"Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage" Joachim Du Bellay, Les Regrets
Cet article a été rédigé dans le cadre du concours "Paulette pique sa crise", organisé par le Magazine Paulette, et dont les résultats seront publiés le 3 mai prochain ! 

Paulette subit la crise
Paulette est au chômage.
Mais Paulette est hyperactive. Alors Paulette se dit que non, elle est simplement en recherche active d’emploi.
D’accord, se dit Paulette. Alors, à l’attaque ?
Oui.
Peut-être.
Enfin, non.
C’est en tout cas la déclinaison de la réponse, au fil des jours, des semaines, des mois.
Ce n’est pas aussi simple qu’il y parait, se dit Paulette. 
Parce qu’en fait, un joli diplôme et la majoration d’un master, ça n’a pas d’importance. On veut des Paulette opérationnelles. Des boîtes à outils. De l’expertise. Du concret.
Paulette est hypercritique.
Pourtant, Paulette fait de beaux rêves : un joli poste, un gentil Georges, des minis Georges et des minis Paulette …
Mais dans l’immédiat Paulette a quitté Georges. Et comme elle n’arrive pas réellement à tourner la page, Paulette a l’impression d’être une blague carambar du type : « quel est le comble pour une Paulette ? ».
Parfois, Paulette se dit qu’elle aurait tout à fait pu écrire la chanson « La Tristitude » d’Oldelaf tant la vie va de mal en pis.
Surtout que Paulette se voit proposer d’être auto-entrepreneuse et rémunérée un demi-smic. Paulette a décidément de quoi se réjouir !
Paulette est à bout. Paulette s’envole donc vers Abu (Dhabi).
Et puis comme Paulette a la réputation d’être une belle optimiste, elle bénéficie d’encouragements fous. Atypiques, par moments, comme ceux d’un Georges bienveillant croisé au hasard d’un métro. Maladroits, parfois quoique bien intentionnés tels que: « Allez Paulette, tu vas y arriver. Tu es courageuse ! ».
Le courage n’y est malheureusement pas pour grand-chose dans l’histoire. La vie, ce n’est pas le mérite agricole ! C’est de la chance, de la patiente, de l’énergie à revendre. Et du soutien. Une quantité inimaginable de soutien.
Et de ce côté là, Paulette ne connaît pas la crise. Parce que si Paulette est hypersensible, Paulette est avant tout hyperchanceuse.

Paulette subit la crise ?
...

Jean-Jacques Goldman, Envole-moi 

Ps: je m'envole très bientôt. Depuis le dos d'un chameau, pas sûre que la connexion passe ... Pardon pour mes posts moins fréquents dans la semaine à venir! 

dimanche 22 avril 2012

La vidéo du dimanche


« Dans leur pitié, pour notre race naturellement vouée à la peine, les dieux ont institué des haltes au milieu de nos travaux. C’est l’alternance des fêtes »
Platon
Un jour d’élection présidentielle, difficile de ne pas repenser à Coluche. Parce que les "Z'hommes politiques ..." 
Aux urnes !
 Coluche, Votez nul

jeudi 19 avril 2012

Tout va bien Madame la Marquise !


« Vous aviez le choix entre la guerre et le déshonneur. Vous avez choisi le déshonneur, et vous aurez la guerre » Winston Churchill à Neville Chamberlain, 1938
Choisir entre la peste et le choléra, c’est bien connu, ce n’est pas très drôle. Mais version Churchill, il y a une dimension dramatique à la chose qui l’est encore moins. 
On est loin des choix improbables de Pierre Palmade qui nous demande : "tu préfères, à vie, avoir une tête de veau ou deux bras de neuf mètres ?"
Le genre de dilemme dont on souhaite volontiers être épargné.  
Le genre de décision que l’on est heureux de ne pas avoir à prendre.
On est reconnaissant, par exemple, de ne pas être né en 1917 à Leidenstadt.
 Jean-Jacques Goldman, Né en 17 à Leidenstadt
Et finalement on se dit que tout va très bien, tout va très bien ! 
Ventura, Tout va très bien
 
Tout va bien Madame la Marquise !

jeudi 5 avril 2012

Habitude, seconde nature


“L’habitude est une seconde nature” Aristote, Ethique à Nicomaque
Métro, boulot, dodo.
Vie en trois temps. Célèbre tempo peu glamour déclamé sur ce ton.
Pourtant, il porte plus de repères et d’équilibre qu’il n’y paraît. 
Un gâteau avec le café, un bus pris à 7h13, une crème appliquée avant le blush, une paire de chaussettes enfilée sous le pantalon. Tous ces gestes quotidiens sont redondants.
Mais prenez du thé à la place du café, ratez le bus de 7h13, mettez du blush avant la crème, la paire de chaussettes sur le pantalon. Certes c’est exotique. Mais assez désagréable (le blush) et ridicule (les chaussettes). Finalement, on est déboussolé et en quête des anciens repères.
Rejeter la vie en trois temps, c’est tendre vers un exotisme impossible.
Prenez quelqu’un au chômage. Il tentera désespérément de trouver un tempo.
« Les traditions ça se maintient » m’a dit un jour une ainée.
Je veux mon bus de 7h13.
Claude François, Comme d'habitude
Habitude, seconde nature

mardi 13 mars 2012

Jean, Marc, et moi


"Il faut toujours prendre les choses à la légère et les supporter avec bonne humeur, il est plus humain de rire de la vie que d'en pleurer" Sénèque
Avez-vous remarqué la dernière campagne publicitaire d’IKEA ? Il me semble qu’elle reprend à peu près cette philosophie de Sénèque !
Pour fêter ses 30 ans d’existence, le plus célèbre magasin suédois a mis en place toute une campagne d’affiches sur le mode « 30 ans de vie commune, c’est un beau début ». Sur fond de jeu de mots sur le thème de la ténacité d’une vie de couple, la marque met en image des étapes décisives de la vie. En soi, rien de bien méchant, certes.
Pourtant, l’humour, tout particulier, peut laisser, disons, interrogateur …
Ainsi, on peut voir dans le métro parisien notamment :


Jean et moi, on n’a pas dû avoir le même premier salaire …
Une autre affiche nous prend peut-être encore plus au dépourvu :


L’idée de prendre la vie du bon côté est quelque peu poussée à l’extrême. Mais après tout, pourquoi pas.
Et la marque a cela de malin : on a du mal à identifier qui est le plus malheureux dans l’histoire. Elsa ? Marc ? Les porte-chaussures ?
Et comme certains cherchent surement à compatir – comme moi -  pour le plus malheureux, on est mal à l’aise face à cette incertitude. Plus que par l’anti-politiquement correct que cette affiche contient, elle nous dérange par le flou qu’elle installe. IKEA a gagné.
Et Marie Laforet aussi :
Marie Laforêt, Ivan Boris et moi
Jean, Marc, et moi


dimanche 4 mars 2012

La vidéo du dimanche



“Au jour vénérable du soleil que les habitants se reposent et que tous les ateliers soient fermés”
Décret de l’empereur Constantin (321)
Comme promis, en lien avec le post Les filles, ça boude, voici une vidéo pour rire un peu :



samedi 3 mars 2012

Venez comme vous êtes !


“Apprenez que tout flatteur
Vit aux dépens de celui qui l'écoute.”
Jean De La Fontaine

Les grandes marques nous assaillent de slogans tous plus percutants les uns que les autres.
Celui, célèbre et malin, de McDonald’s “Venez comme vous êtes” est particulièrement rusé parce qu’il nous interpelle, avec nos imperfections, nos rides, nos kilos, nos bagues aux dents ou nos cannes dans la main… Bref, il nous parle à nous et comme nous sommes.




Et je me demande pourquoi ce slogan marche tant.
Certainement parce qu’il entre en collision frontale avec ce à quoi nous sommes tant habitués : des top modèles beaux à en tomber, remplis, eux de perfection absolue et répondant aux canons de beauté.

Des êtres qui ne viennent pas comme nous sommes.
Des êtres bien loin de notre réalité et à qui l’on a envie de dire « Vous vous êtes et nous, nous sommes ».
Des hommes pareils de Francis Cabrel.
Mais la solution c’est peut-être d’être convaincu que l’on est bien beau dans nos pantalons Zara ou, comme Barney (How I Met Your Mother) dans nos costards quotidiens ….
Nothing suit me like a suit, Barney Stenson (How I met your mother)
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Venez comme vous êtes
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jeudi 1 mars 2012

Je t’aime, moi non plus


« Je ne voudrais pas arriver à la fin de ma vie et découvrir que j’en ai vécu que la longueur. Je voudrais en vivre aussi la largeur et la profondeur » Diane Ackerman
Dans un billet précédant intitulé « la vie ne tient qu’à un fil », je vous disais que les  rencontres ne tiennent, souvent, qu’à des détails. Et si l’on mesurait la portée de nos actes quotidiens lorsque l’on passait le pas de sa porte pour affronter la vie tous les matins, on resterait certainement terré chez soi de peur de manquer un regard, une parole, un geste qui nous projetterait dans ce que serait, véritablement, notre vie.
Le célèbre groupe de rencontre Meetic a bien compris cet état d’esprit et en a même fait un motif de campagne dernièrement pour la Saint-Valentin. Vous avez peut-être vu ces grandes affiches à vos arrêts de bus, dans le métro ou sur le chemin de votre travail : 
 










Cette campagne est particulièrement rusée qu’elle a recourt à l’imaginaire du conte si ancré dans notre société : un beau prince charmant qui n’attend que le bon moment pour se manifester…
A croire que le ressort de la rencontre et de son moment opportun est porteur, puisqu’il s’agit également de celui utilisé par le beau film éperdument romantique de Richard Linklater, Before Sunset

Dans cette histoire, Jesse et Céline se retrouvent à Paris après une première éphémère et unique rencontre, neuf ans plus tôt, à Vienne. Désormais, lui est marié et auteur d’un best-seller ; elle défend l’environnement et cumule les échecs amoureux. La mise en scène est tout aussi amusante qu’osée : elle consiste en une seule conversation, celle de ces deux ex-amants qui déambulent dans Paris. Et pourtant, ils parviennent à nous captiver, à nous attendrir, à nous transporter dans leurs interrogations, finalement universelles.
Aucun des deux, malgré les années, n’a pu oublier cette rencontre fondatrice. Aucun des deux n’a véritablement pu passer à autre chose.
A travers une réflexion anecdotique – qu’aurait été leur vie si Céline avait pu se rendre comme prévu à leur rendez-vous donné, peu après leur rencontre à Vienne ? – le couple nous interroge sur les décisions que nous prenons, les aléas de la vie et les mystères de la vie amoureuse.
Quant à savoir si Jesse chante « You could be my unintended choice »  … regardez donc le film ! 
 Muse, Unintended
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Je t'aime, moi non plus
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mardi 28 février 2012

Trouver sa place


« Rien ne saurait retracer quelle était la confusion de mes pensées lorsque j’allai au fond de l’eau (…) il me fut impossible de me délivrer des flots pour prendre respiration. » Robinson Cruzoé, Daniel Defoe

Un végétarien qui se serait perdu au salon de l’agriculture.
Un culturiste qui tenterait de jouer à l’équilibriste.
Un nudiste qui aurait échoué en Sibérie.
Ces situations improbables (et moins tragiques que celle de Robinson, certes ! ) où l’on comprend bien que l’on n’est pas à sa place.
Ne pas se sentir à sa place, voilà qui rend incompatible un lieu et un état d’esprit.
C’est le cas, par exemple des personnes d’origine étrangère. Le sociologue Abdelmalek Sayad parle à leur égard de la « double absence »[1] telle une double peine : ni véritablement d’ici, ni véritablement d’ailleurs, ces individus souffrent d’un décalage où qu’ils soient.
Récemment, c’est le "Alone Man Show" de Pascal Legitimus qui a excellemment mis en scène cette double absence.
Entouré par une armoire noire (sa moitié antillaise) et une armoire blanche (sa moitié arménienne), l’humoriste met à nu ces incertitudes et sa difficile quête d’une identité.
« J’étais comme un cachou dans un bol de riz » y explique-t-il :

Des vidéos du spectacle sont disponibles ici par exemple


Plus légèrement, ne pas être à sa place c’est aussi se retrouver là où l’on ne veut pas être … à la piscine par exemple :
Direction La Piscine, Florent Nouvel
Trouver sa place





[1] La double absence. Des illusions de l'émigré aux souffrances de l'immigré. Paris, Seuil, 1999, 438 p. Coll. "Liber".

lundi 20 février 2012

Vive le vent …


“Ce n’est pas la girouette qui change, c’est le vent qui tourne”, Edgar Faure
Souvent, il y a cette étrange impression : les choses ne vont pas comme nous le souhaiterions alors même que nous avons toutes les cartes en main pour qu’il en aille autrement. Pourtant, manifestement, un élément nous échappe.
Et un jour on se rend compte que la situation précédente s’est transformée. C’est indéniable : les choses évoluent, changent. Et souvent en bien.
En réalité, c’est peut-être Edgar Faure qui a raison : ce n’est que le vent qui tourne.
C’est d’ailleurs peut-être parce que c’est une histoire de vent que les belles choses arrivent quand on s’y attend le moins. Un appel pour un entretien quand on a des chaussures de ski au pied et la tête dans les nuages. La réussite d’un concours la veille de la rentrée. Recevoir un coup de fil d’Australie quand on est perdu dans les montagnes arméniennes.
En cette période de début de Carême (et que l’on croit ou non en Dieu), il est plaisant de remarquer combien c’est dans les situations de manque que l’on mesure les bienfaits des imprévus et des plaisirs quotidiens.
Et de l’inattendu
De ne pas négliger l’inattendu
Et parce que l’imprévu c’est aussi un télésiège qui s’arrête quand il ne faut pas : 



jeudi 16 février 2012

J’vais devenir un vaurien, c’est sûr !


« Ministre : dernier terme de la gloire humaine » Dictionnaire des idées reçues, Flaubert (extrait de Bouvard et Pécuchet)
L’accomplissement de soi, voilà qui est très en vogue. Reconnaissance suprême, le ministre, selon l’imaginaire collectif mis en mot par Flaubert, a donc atteint un échelon non égalable. Un piédestal duquel seule la chute semble annoncée.
Quand la campagne électorale est belle et bien lancée avec des candidatures qui se déclarent (et d’autres qui se déclinent), ces réflexions sur le sens et la légitimité que ces prestigieux statuts confèrent semblent d’actualité.
Tout comme un jeune diplômé n’a que sa force intellectuelle à offrir à son premier employeur, il semble que le décalage entre le savoir technique et analytique soit particulièrement criant pour ces hautes fonctions.
Gérard Oury l’avait d’ailleurs merveilleusement compris avec la réplique sans concession qu’il intègre à sa célèbre Folie des Grandeurs :
Extrait de La folie des grandeurs
A croire que ce souci de l’avenir est intergénérationnel. A travers ce monologue cinglant de justesse, ce petit Nicolas nous dévoile que l’amour, tout autant que la gloire est un mystère que  seul le temps semble capable de démêler.
Quartier libre de Caroline Cartier (France inter)
Dites, elle arrive quand la gloire humaine ?
...

mardi 14 février 2012

On va s’aimer


“Au commencement était la répétition” Yves Bonnefoy
Le 14 février, on doit s’aimer. Tout le reste n’est qu’encombrement, rabat-joie, tristesse.
Tout le reste qui rappelle que l’essentiel n’est peut-être pas dans cet étalage momentané de bonheur.
Parce que tout comme le serveur amène ses plats, il faudrait ce jour commander des mots doux. Pourquoi pas, après tout. Ils ne font de mal à personne ces mots doux. Excepté à ce reste d’encombrement, de rabat-joie, de tristesse.
Si la répétition, avec Yves Bonnefoy est une ressource à la création puisque le même mot n’est jamais, en réalité, identique tant il est contexte – ceux avec lesquels il est associé - et mémoire – ceux auxquels il se rapporte -, il reste que le 14 février est un perpétuel recommencement de bons sentiments qui perdent, par leur nécessité, de leur saveur.

"14 février", extrait du Calendrier perpétuel 365 jours avec Sempé

Parce que ces fleurs bleues rendent cet inconnu à l’humour décalé si attachant et nous rappellent que les surprises du quotidien sont le meilleur contrepied à ce 14 février :
Jeanne Cherhal, Parfait Inconnu
Et parce qu’encombrement, rabat-joie, tristesse.