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mardi 9 octobre 2012

Tout est une question de point de vue


Aujourd'hui, on relit un article qui nous fait voyager. 
 
« Demandez à un crapaud ce qu’est la beauté, il vous dira que c’est sa crapaude, avec deux gros yeux ronds, une gueule plate, un ventre jaune et un dos brun. »
Voltaire
Effronté non, cet animal là ?!
En beauté comme en amour il en va presque toujours de ce que nous voyons. Comme il l’était déjà dit ici. Pas très loin de cette réflexion il y a celle d’aujourd’hui.
Et vous allez finir par croire que j’ai des origines québécoises, puisque je vous parlais déjà de cette région ici et là … Qu’à cela ne tienne !
Je mise plutôt, pour ma part, sur ce grand froid pour m’avoir fait penser à ce film dont l’épique épopée se déroule dans un village reculé et bien mal nommé du Québec : Sainte Marie La Moderne et dont le titre en dit long sur sa teneur : La Grande Séduction.

L’histoire est simple mais originale : Sainte Marie La Moderne a besoin d’un médecin pour voir son usine rouvrir et ses hommes, au moral en berne, reprendre du poil de la bête. Or, Christopher Lewis, médecin de ville absolument détestable, est envoyé sur place après avoir été arrêté au volant de sa voiture sous l’effet de diverses drogues. Commence alors la grande séduction menée collectivement par tout le village pour tenter de garder cet homme tombé du ciel. Prenons l’exemple, absolument hilarant, du départ : apprenant que leur potentiel sauveur est fan de cricket, les hommes improvisent une mise en scène pour que la première vision à son arrivée soit magique : une équipe de cricket en pleine action. Sauf que, détail, personne au village ne connaît ni les règles, ni les bases du jeu en question …
La séduction s’annonce ainsi toute aussi grande que longue ! Parce que, vous l’aurez compris, le chemin reste donc long tant les distances qui séparent ces deux mondes amenés à cohabiter sont différents. 

Un village tout entier qui trouve ainsi sa raison d’être à échafauder toutes sortes de subterfuges pour conserver son médecin, voilà qui semble désuet … et pourtant si crucial à l’heure où les zones rurales désertées par les médecins sont des vrais enjeux de politiques publiques en France.
Scenario et décor peu habituels, ce film de 2003 a tout, précisément, pour séduire. Et tout cela dans un québécois typique (il me semble qu’il existe même une version sous-titrée en français !). Impossible de les prendre au sérieux ces bonshommes là ! Drôle et émouvante, cette Grande Séduction mérite vraiment qu’on s’y replonge.
Un seul bémol peut-être : une fois le clap de fin frappé, vous risquez de vouloir prendre le premier vol pour Sainte Marie La Moderne, ce qui, je vous le concède ne serait peut-être pas la meilleure idée du siècle.
Mais tout n’est, après tout, qu’une question de point de vue !

Pour lire une autre réflexion sur un film, cliquez donc ici

samedi 11 février 2012

Et vive la liberté !


“L’important ici est de persuader aux gens qu’on est moins heureux qu’eux ailleurs” André Gide, Retour d’URSS, 1936

L’idée de chercher, pour se consoler, toujours plus misérable que soi est un ressort habituel lorsqu’il s’agit de minimiser sa peine.
Voilà qui est paradoxal puisque, précisément, une peine ne se partage pas. Elle n’est pas subjective, elle n’est pas objective. Elle est encore moins relative.
André Gide savait pourtant bien ce qu’il disait – écrivait.
Guy Delisle a remporté le Fauve d’Or (c’est-à-dire le prix du meilleur album) au festival international d’Angoulême le 29 janvier dernier pour son album Chroniques de Jérusalem. Et lorsqu’on lit les ouvrages de Guy Delisle, on comprend mieux qu’effectivement, les dictatures consistent, aussi, à persuader les gens qu’il est possible d’être moins heureux qu’eux ailleurs. Et bien sûr, de légitimer ainsi l’absence de liberté par l’assurance de la sécurité. Triste et célèbre combat que celui qui oppose ces deux notions.
Né au Québec en 1966, Guy Delisle suit sa femme, médecin pour Médecin du Monde, dans des pays improbables. Il les prend comme champ d'exploration pour créer des bandes-dessinées offrant au lecteur d’étranges découvertes du quotidien de ces terres peu visitées  : la Birmanie (qui donnera les Chroniques birmanes), la Chine (Shenzhen), la Corée du Nord (Pyongyang) et Jérusalem (Chroniques de Jérusalem). 













Le plus étonnant est peut-être son opus totalement ubuesque qui nous introduit dans ce pays inconnu qu’est la Corée du Nord, Pyongyang. Arrivé, pour quelques jours, sur le devant de la scène internationale suite à la mort de Kim Jong-Il en décembre dernier, la Corée du Nord est totalement méconnue du reste du monde. Plus problématique : la population ignore tout – semble-t-il – du reste du monde !
Le lecteur découvre alors que 1984 de Georges Orwell n’est pas un monde à part. Il existe, sous nos yeux. On se demande d’ailleurs comment il a été possible pour le héros de passer les frontières munis de cet ouvrage dans son sac tant le récit rejoint la réalité.
Les étrangers sont accueillis par un guide qui le restera durant tout leur séjour. Un guide qui vous « proposera » (comprendre « imposera ») une visite toute impersonnelle du pays. Pour ne vous offrir qu’un petit Making off des éléments les plus étonnants (soyons diplomates …), voici ce que vous découvrirez, entre autre, en tournant les pages de cette bande-dessinée peu commune: un début de voyage consistant en un passage devant la statue du père de la nation Kim Il-Sung qui, malgré sa mort en 1994, est demeuré le président. Dépôt de fleurs obligatoire. Des "volontaires" de partout .Mais nulle part des âmes qui flânent. Pas de petits vieux qui bavardent. Une ville, un pays aseptisés. Quatre hôtels qui accueillent les étrangers. Mais seul le dix-septième étage qui possède l'électricité : celui qui les héberge. Et une gymnastique locale qui consiste à marcher à reculons.
« Heu … Un mec qui coupe de la pelouse à la faucille sur des kilomètres d’autoroute … c’est aussi un « volontaire »  ?
Tant d’absurdité nous fait douter. Faut-il en rire ou en pleurer ?
Là où il n’y a pas de doute c’est qu’il n’est pas possible d’être moins heureux.
...
La liberté en musique ? Il est libre Max d'Hervé Cristiani ou Être né quelque part de Maxime le Forestier
Mais à quand un Hexagone en Corée du Nord ? 


jeudi 2 février 2012

Tout est une question de point de vue !


« Demandez à un crapaud ce qu’est la beauté, il vous dira que c’est sa crapaude, avec deux gros yeux ronds, une gueule plate, un ventre jaune et un dos brun. »
Voltaire
Effronté non, cet animal là ?!
En beauté comme en amour il en va presque toujours de ce que nous voyons. Comme il l’était déjà dit ici. Pas très loin de cette réflexion il y a celle d’aujourd’hui.
Et vous allez finir par croire que j’ai des origines québécoises, puisque je vous parlais déjà de cette région ici et … Qu’à cela ne tienne !
Je mise plutôt, pour ma part, sur ce grand froid pour m’avoir fait penser à ce film dont l’épique épopée se déroule dans un village reculé et bien mal nommé du Québec : Sainte-Marie-La-Mauderne et dont le titre en dit long sur sa teneur : La Grande Séduction.

L’histoire est simple mais originale : Sainte-Marie-La-Mauderne a besoin d’un médecin pour voir son usine rouvrir et ses hommes, au moral en berne, reprendre du poil de la bête. Or, Christopher Lewis, médecin de Montréal absolument détestable, est envoyé sur place après avoir été arrêté au volant de sa voiture sous l’effet de diverses drogues. Commence alors la grande séduction menée collectivement par tout le village pour tenter de garder cet homme tombé du ciel. Prenons l’exemple, absolument hilarant, du départ : apprenant que leur potentiel sauveur est fan de cricket, les hommes improvisent une mise en scène pour que la première vision à son arrivée soit magique : une équipe de cricket en pleine action. Sauf que, détail, personne au village ne connaît ni les règles, ni les bases du jeu en question …
La séduction s’annonce ainsi toute aussi grande que longue ! Parce que, vous l’aurez compris, le chemin reste donc long tant les distances qui séparent ces deux mondes amenés à cohabiter sont grandes. 

Un village tout entier qui trouve ainsi sa raison d’être à échafauder toutes sortes de subterfuges pour conserver son médecin, voilà qui semble désuet … et pourtant si crucial à l’heure où les zones rurales désertées par les médecins sont des vrais enjeux de politiques publiques en France.
Scenario et décor peu habituels, ce film de 2003 a tout, précisément, pour séduire. Et tout cela dans un québécois typique (il me semble qu’il existe même une version sous-titrée en français !). Impossible de les prendre au sérieux ces bonshommes là ! Drôle et émouvante, cette Grande Séduction mérite vraiment qu’on s’y replonge.
Un seul bémol peut-être : une fois le clap de fin frappé, vous risquez de vouloir prendre le premier vol pour Sainte-Marie-La-Mauderne, ce qui, je vous le concède, ne serait peut-être pas la meilleure idée du siècle.
Mais tout n’est, après tout, qu’une question de point de vue !
Pour lire une autre réflexion sur un film, cliquez donc ici

samedi 28 janvier 2012

!! Flash Info !!


« La littérature n’est pas la vie, elle n’est qu’un moyen d’exaltation de la vie, un moyen d’en saisir le drame d’une façon plus claire et plus intelligible » Stephan Zweig
Je vous parlais, ici, de Michel Rabagliati pour sa merveilleuse série de bande dessinée Paul. Figurez-vous qu’il a intégré (pour la deuxième fois) la compétition officielle (sélection Jeunesse) du très prestigieux festival international d’Angoulême pour son dernier opus Paul au Parc.

Après le succès de Paul Au Quebec qui reçut en 2010 le prix du public à ce même festival, gageons que le jury saura déceler à nouveau tout le talent de cet auteur et lui décerner demain, jour de clôture du festival, un nouveau prix ; Notons d’ailleurs que, pour une fois, l’auteur a traversé l’océan Atlantique pour être présent lors de cet événement crucial (Michel Rabagliati est un phobique de l’avion… )
Pour en savoir plus sur l’opus en question et l’édition 2012 du Festival d’Angoulême, c’est  ici
Et puis, suivez également Guy Delisle dans la sélection Officielle pour ses Chroniques de Jérusalem dont je vous parlerai bientôt.
Ainsi, si mon admiration pour Stephan Zweig reste sans faille, il faut reconnaître que le festival nous permet, le temps de ces quelques jours hors du temps (du 26 au 29 février 2012) et où chacun est dans sa bulle (!), de croire que, précisément, cette littérature est la vie.

vendredi 27 janvier 2012

Le cœur a ses raisons …

“Le cœur fait tout, le reste est inutile” Belphégor, Jean de La Fontaine, Livre XII Fable 27



S’il y en a bien un qui agit selon son cœur c’est Paul, la si belle création de Michel Rabagliati, auteur québéquois peu connu.

Ce personnage de la bande dessinée éponyme est en effet un tendre paresseux dont les bons sentiments sont emprunts d’un doux mal-être. S’il est si attachant c’est que ce jeune, qui cherche sa voix comme tant d’autres, nous expose des incertitudes que nous ne pouvons que partager. Et c’est avec son cœur qu’il y fait face. Ne cachant pas sa paresse pour l’école mais entreprenant dans ce qu’il aime – la vie - il est un archétype à chaque étape de sa vie : adolescent, jeune homme, père, mari.
Jouant malicieusement sur le parallèle des Martine (Martine à la campagne, Martine à la mer etc …) l’auteur nous fait suivre les aventures de son héros en titrant ses ouvrages selon ce même modèle. Ainsi, il nous propose notamment :









 





A la différence de Martine (dont, il est vrai, je me souviens mal …) éternel enfant innocent, naïf et intemporel, Paul évolue, grandit et change son regard sur les choses au fil des épisodes. Davantage par la force des choses, d’ailleurs que par sa propre volonté.

Drôle (humour tout québéquois …), fin et attachant, ce héros aux épais sourcils nous fait réfléchir et voyager.
Le tournant dans sa « carrière de héros » est l’épisode Paul a un travail d’été : lycéen rebelle, il décide de quitter les études pour devenir imprimeur, sans conviction. En réalité, il est perdu. Par un concours de circonstances, il devient animateur dans un camps pour enfants défavorisés en pleine forêt canadienne. Découvrant alors le dépassement de soi et mesurant sa chance d’avoir grandi dans tant d’amour, Paul se découvre lui-même bourré d’humour et de talent.
Offrant à sa propre fille, bien des années plus tard, la poupée de Marie, colonne aveugle à laquelle il s’était attaché, il aura cette phrase pour justifier ses yeux percés : « Elle est comme le petit Prince ; Elle n’a pas besoin d’yeux pour voir, elle voit avec son cœur »

Anaïs, Mon cœur, mon amour