« Dans leur pitié, pour notre
race naturellement vouée à la peine, les dieux ont institué des haltes au
milieu de nos travaux. C’est l’alternance des fêtes »
Platon
Comme pour ce dimanche-ci, je vous propose aujourd’hui
deux vidéos sur un même thème.
Ou plutôt, je pastiche outrageusement la rubrique “A deux, c’est mieux” de
Philippe Meyer, dans sa délurée émission La prochaine fois je vous le chanterai.
Et aujourd’hui, on doute !
Les gens qui doutent, Anne Sylvestre
Les gens qui doutent, Vincent Delerme, Jeanne Cherhal et Albin de la Simone
« Ah ! Voici l’équilibriste
en habit noir. Il grimpe, à la force des poignets, jusqu’au sommet de la
coupole, jusqu’au trapèze vertigineux. Il pose un des pieds d’une chaise sur un
verre à boire qui craque, et il s’assied au-dessus du vide. »
Les plaisirs et les jeux (1922), Georges Duhamel
Il y a des moments où l’on retient son souffle. L’attente d’un résultat médical,
musical, ou professionnel.
On est alors dans un entre-deux. Et l’on ne peut rien faire. Les dés sont
jetés. Plus rien ne dépend de nous. Notre tour (chance ?) est passé.
Cette étrange temporalité où l’on ne peut pas dire que tout va bien. Mais
pas plus que tout va mal. Ce sas sans nom. Un intermède de l’indéterminé.
C’est aussi le fil rouge qui définit le magnifique film Walk the line qui
retrace la tumultueuse vie de Johnny Cash. Une vie comme sur un fil. Et
où tout semble si fragile. Entre ses indécisions amoureuses, ses addictions diverses
et son infaillible talent, Johnny Cash se révèle à travers son parcours passionnant et non
moins semé d’embuches.
« Dans leur pitié, pour notre
race naturellement vouée à la peine, les dieux ont institué des haltes au
milieu de nos travaux. C’est l’alternance des fêtes »
Platon
Au temps de Platon, le théâtre
était un des moyens pour réaliser une catharsis. Autrement dit, la purification
à travers l’expression des passions individuelles, par d'autres et sur scène.
Ce dimanche, je vous
propose une chanson qui vous permet, Messieurs, de faire ce même travail.
Puissiez-vous y trouver
soulagement et satisfaction !
« Quelques semaines plus tard,
la classe de cinquième A I fut le théâtre d'un événement singulier: pendant le
cours de latin la porte s'ouvrit, Bénard entra, escorté du concierge, salua M.
Durry, notre professeur, et s'assit. Nous reconnûmes tous ses lunettes de fer,
son cache-nez, son nez un peu busqué, son air de poussin frileux: je crus que
Dieu nous le rendait. » Les Mots,
Jean-Paul Sartre
Bell-um Bell-a
Bell-um Bell-a
Bell-um Bell-a
Bell-i Bell-orum
Bell-o Bell-is
Bell-o Bell-is
Voilà ce à quoi se résumait, dans mon souvenir,
mes cinq années de latin.
La guerre (bellum), pris comme merveilleux exemple
du paradoxe de la langue : la déclinaison du neutre. Dès la 5ème
nous entrions donc dans un monde parallèle où le plus violent des actes nous
était imposé comme étant neutre.
Des histoires de Dieux, de vengeance, de supplices
ignobles imposés sous le sceau de l’amour. Voilà aussi ce que nous trouvions
dans ces heures hors du temps où nous apprenions une langue prétendue « morte ».
Pourtant, tout cela devient bien plus vivant quand vous retrouvez, à
l’anniversaire d’une amie, votre professeur de latin de 5ème. Quoi de plus improbable !
Alors non, je n’ai pas récité ma déclinaison – quoi que le professeur
aurait surement été heureux de voir que son enseignement était resté
profondément ancré, sans que je sache bien pourquoi … - mais j’ai compris qu’il
me serait bien utile d’avoir une tête aussi pleine d’histoires rocambolesques,
d’Ulysse et de travaux d’Hercule.
Il n’est pas question d’admirer l’érudition pour elle-même. Mais bien
plutôt d’admirer ces savoirs qui font de vous un être qui ne s’ennuie jamais.
« L’un dit une chose, l’autre
allait justement dire la même chose et répète cette même chose. Il semble qu’il
était impossible de parler autrement. On est strictement jumeaux. Se
distinguer, on n’y songe plus. Identité ! Identité ! »
La Nuit remue, Henri Michaux
Qui suis-je ? C’est parce que l’on se pose cette question que l’on
aborde les cours de philosophie avec la plus grande curiosité en classe de
terminale.
Les sociologues interactionnistes vont diront que ce travail n’est, en
réalité, jamais fini ; que nos rapports sociaux quotidiens sont soumis à
la pression de ce périlleux travail : « garder la face ». Que toute conversation est basée sur une mise en danger de soi, et de son
identité.
Mais imaginez la déchéance lorsque l’on perd son identité. Lorsqu’on vous
la vole. Lorsqu’on vous fait dire ce que vous n’avez pas dit. Lorsqu’on vous
fait passer pour ce que vous n’êtes pas.
Voilà bien un thème
rabâché par tous les arts.
Difficile, par exemple, de ne pas penser au film Volte/face dont l’intrigue
aussi effrayante que passionnante repose sur le vol d’identité.
En matière de théâtre, c’est également le thème de la pièce Amphitryon,
mise en scène par Jacques Vincey et jouée jusqu’au 24 juin par la troupe de la
Comédie française.
Savez-vous que c’est de cette pièce que nous vient le mot
« Sosie » ? Parce que le valet Sosie se fait usurper son identité par Pluton déguisé
en … lui-même.
C’est effectivement la grande perfidie des Dieux, dans cette pièce :
prendre l’apparence d’autres, pour conquérir les cœurs.
Conquérir les cœurs en prenant une fausse identité, c’est d’ailleurs également
le thème que l’on retrouve dans le film Un balcon sur la mer, dans lequel Marc (Jean Dujardin) est berné tout autant
par une femme qui se fait passer pour une autre, que par son passé qui le
hante.
Trouver son équilibre étant déjà bien compliqué, merci aux usurpateurs de s’écarter
de notre chemin.