mardi 12 mars 2013

Il était une fois l’enfance


(rediffusion du 22 février 2012)

“Et bientôt, machinalement, accablé par la morne journée et la perspective d’un triste lendemain, je portai à mes lèvres une cuillerée du thé où j’avais laissé s’amollir un morceau de madeleine. Mais à l’instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi. (…) J’avais cessé de me sentir médiocre, contingent, mortel. D’où avait pu me venir cette puissante joie? Je sentais qu’elle était liée au goût du thé et du gâteau, mais qu’elle le dépassait infiniment, ne devait pas être de même nature. D’où venait-elle? Que signifiait-elle? Où l’appréhender? Je bois une seconde gorgée où je ne trouve rien de plus que dans la première, une troisième qui m’apporte un peu moins que la seconde. Il est temps que je m’arrête, la vertu du breuvage semble diminuer. Il est clair que la vérité que je cherche n’est pas en lui, mais en moi.” A la recherche du temps perdu, Marcel Proust


L’ouïe, l’odorat, le toucher, le goût et la vue.

Souvent dissociés pour mieux être appréhendés, nos cinq sens sont parfois entremêlés. Et c’est peut-être précisément dans ce mélange que se loge leur pleine expression.

Les souvenirs d’enfance sont d’ailleurs typiques de ce phénomène.

Une balançoire de camp de vacances qui nous rappelle nos nombreuses après-midi de chamaillerie, un dernier virage d’un long périple qui laisse se découvrir la maison de vacances, une porte grinçante qui a l’odeur particulière des fins de veillées de colonie  ou encore une montagne qui nous plonge dans nos randonnées …


Un paysage de vacances rempli de doux souvenirs, comme tant d'autres

Et finalement, un lieu qui finit par sentir l’enfance elle-même. Toute la difficulté consiste alors à réimporter du souvenir neuf dans ce lieu si connoté dans le passé. Lui donner une deuxième vie.
Les choses ont cela d’extraordinaire : elles ne demandent qu’à trouver une fin, à la fois sous la forme de finitude et d’objectif.
Les enfants ont cela d’extraordinaire : ils redonnent vie, sans même nous prévenir, à tous nos souvenirs.

Il était une fois l’enfance


La vie par procuration, Jean Jacques Goldman

dimanche 10 mars 2013

La vidéo du dimanche


“Au jour vénérable du soleil que les habitants se reposent et que tous les ateliers soient fermés”
Décret de l’empereur Constantin (321)

Un air bucolique pour un dimanche après-midi.

Entre rêve et réalité. 

Johnny Flynn et Laura Marling, Water





dimanche 24 février 2013

La vidéo du dimanche



“Au jour vénérable du soleil que les habitants se reposent et que tous les ateliers soient fermés”
Décret de l’empereur Constantin (321)

Deux vidéos sur un même thème en ce dimanche neigeux :
Des faux airs de chansons douces.

Serge Tankian, Lie lie lie


Telephone, Cendrillon

Pour lire et écouter une vidéo du dimanche sur le même principe, cliquez ici


jeudi 21 février 2013

Ils sont tous fous !


- Pourquoi ne me tues-tu pas ?
- Je ne connais pas la combinaison du buffet.
Fin de partie, Samuel Beckett

Les deux personnages de Beckett ont-il sombré dans la folie ? La question ne se pose pas : le théâtre de l’absurde est au delà du champs de la folie.

Ce qui est certain, c’est que la folie marginalise. Aucune révolution à ce stade.

Sauf quand le sociologue Erving Goffman fait de la folie une construction sociale. Dans Asiles, l’auteur révèle en effet que seules les normes imposées par tous, donnent vie à l’a-normalité.

Happiness Therapy est en cela révélateur : les deux personnages principaux adoptent des comportements déviants suite à des événements bouleversants de leur vie respective. Leur réintégration de la société passe donc par un réapprentissage des normes sociales et des rapports sociaux. Et ce n’est pas un hasard si ce parcours emprunte d’abord le chemin de la danse : la communication non-verbale possède une force insoupçonnée. Elle ne requiert paradoxalement, pas la même énergie que la parole.



Les héros de Happiness Therapy sont au-delà des mots.

Et la folie ne serait-elle pas est un bien partagé ?


Charlie Winston, Crazy


Ils sont tous fous
...


jeudi 14 février 2013

On va s'aimer


{Réédition du 14 février 2012}

“Au commencement était la répétition” Yves Bonnefoy

Le 14 février, on doit s’aimer. Tout le reste n’est qu’encombrement, rabat-joie, tristesse.
Tout le reste qui rappelle que l’essentiel n’est peut-être pas dans cet étalage momentané de bonheur.
Parce que tout comme le serveur amène ses plats, il faudrait ce jour commander des mots doux. 

Pourquoi pas, après tout. Ils ne font de mal à personne ces mots doux. Excepté à ce reste d’encombrement, de rabat-joie, de tristesse.

Si la répétition, avec Yves Bonnefoy est une ressource à la création puisque le même mot n’est jamais, en réalité, identique tant il est contexte – ceux avec lesquels il est associé - et mémoire – ceux auxquels il se rapporte -, il reste que le 14 février est un perpétuel recommencement de bons sentiments qui perdent, par leur nécessité, de leur saveur.



Parce que ces fleurs bleues rendent cet inconnu à l’humour décalé si attachant et nous rappellent que les surprises du quotidien sont le meilleur contrepied à ce 14 février :

Jeanne Cherhal, Parfait inconnu


Et parce qu’encombrement, rabat-joie, tristesse.

dimanche 10 février 2013

La vidéo du dimanche


“Au jour vénérable du soleil que les habitants se reposent et que tous les ateliers soient fermés”
Décret de l’empereur Constantin (321)

Parce qu’il neige à nouveau sur Paris, mais que ce beau clip enchante les rues.



 Boy, Little Numbers

mardi 5 février 2013

Reprendre du service




« Dis-moi ce que tu vaux, Conte-moi tes vertus, tes glorieux travaux ». Corneille, Cinna, ou La clémence d'Auguste

Reprendre du service, se remettre dans le bain, le retour au train train.

Après les fêtes il est souvent bien douloureux de retrouver ses quotidiennes habitudes.

Même si l'on voudrait du rab, il n’y a pas de doute : les durs mois post féérie sont bels et bien installés.
Mais cela est sans doute mieux ainsi. Sinon, on ne le reprendrait jamais, notre service. Et d’ailleurs, on ne le prend pas. C’est lui qui nous happe.

C’est ce dont est témoin (victime ?) Serge Tanneur (Fabrice Luchini) dans Alceste à bicyclette : le retour dans les arènes du métier d’acteur lui est quémandé par son ancien collègue et désormais acteur à succès de série B, Gauthier Valence (Lambert Wilson).  Retrouver le plaisir du jeu et de la scène, voilà qui est tentant. Mais cela est sans compter ce qu’il a fui, à savoir tout le reste.



Ce film est surprenant : avec une mise en abime constante, il offre au spectateur un double spectacle. Celui, habituel de la fiction voulue par le cinéma. Et celui, plus inattendu, de la mise en scène d’acteurs interprétant le Misanthrope de Molière. Un spectacle dans le spectacle. A notre insu, s’installe alors un doute : où est la frontière entre une fiction et l’autre ?

Le Misanthrope serait-il un prétexte ? Pour ne pas reprendre du service immédiatement, certainement …


Je ne veux pas travailler



Reprendre du service
….